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vendredi, février 17, 2012

XeroXed.be lance Nørdix!!!

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Au vu du véritable foisonnement d'oeuvres innovantes, fortes et personnelles qui nous proviennent du "Grand Nord" depuis quelques années (du Norvégien Jason à la Suédoise Joanna Hellgren en passant par la Finlandaise Amanda Vähämäki), nous avons eu l'envie d'entamer une exploration plus complète de ce "nouveau continent du Neuvième Art" formé par la Scandinavie et l'Europe du Nord. Nous avons donc lancé le blog NORDIX qui réunira des chroniques, des actualités et des entretiens avec les acteurs majeurs de la scène nordique. Nous entamons ce voyage par un entretien inédit avec les responsables éditoriaux de la revue lettone KUS! (qui s'était vue décerner le Prix de la Bande Dessinée alternative au dernier Festival d'Angoulême).
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vendredi, janvier 06, 2012

TOTEMS: "Athos en Amérique" de Jason et "L'Ascension du Haut Mal" de David B.

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Athos en Amérique de Jason
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Que fait donc le célèbre mousquetaire dans le New-York des années 1920? Par quel enchantement peut-il encore être en vie 270 ans après la date officielle de sa mort selon le registre des décès de l'église Saint-Sulpice à Paris? A cette dernière question, l'auteur ne répond pas. Pourquoi d'ailleurs devrait-il nous dévoiler ce mystère? Alexandre Dumas a "immortalisé" les fameux Cadets de Gascogne au fil de ses feuilletons; pourquoi ne pas se satisfaire de cette idée et passer à l'essentiel. Car ce qui compte, dans les oeuvres de Jason, ce n'est pas tant que nous soyons confrontés à des mousquetaires, des pirates, des vampires ou des zombies, mais bien que ces personnages soient confrontés aux vissicitudes de l'existence. Ce qui importe, c'est d'écouter Athos livrer ses états d'âme à un barman new-yorkais, de l'entendre parler de son aventure fugace avec Louise Brooks alors qu'il tentait d'être engagé dans la première adaptation cinématographique des Trois Mousquetaires pour y incarner son propre rôle. Hélas, pour Athos comme pour tant d'autres personnages de l'auteur norvégien, la fatalité semble l'avoir condamné à ne plus jamais pouvoir occuper la place qui fut la sienne. Ce décalage constant et inéluctable, associé à des visages aux expressions presque blanches, rappelle de manière évidente les chefs-d'oeuvre à la fois drôles et poignants de l'acteur et réalisateur Buster Keaton. Il évoque également l'univers sombre et étrange de David Lynch. A la croisée des oeuvres de ces deux géants du Septième Art -tout en exploitant de manière magistrale les propriétés narratives de la Bande Dessinée-, Athos en Amérique nous démontre, une fois encore, tout le talent d'un auteur qui n'a de cesse de se renouveller. Avec ce recueil regroupant six histoires courtes aux tonalités tantôt poétiques tantôt virulentes, l'auteur norvégien nous offre six perles scénaristiques ambitieuses et surprenantes qui marque un nouveau tournant de sa carrière. A découvrir! Nicolas
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L'Ascension du Haut Mal de David B.
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Le "Haut Mal", c'est l'épilepsie et les violentes crises qui terrassent Jean-Christophe, le grand-frère de David B., mais qui bouleversent également toute la vie de cette famille. Une maladie qui contamine sournoisement les corps et les esprits et contre laquelle chacun va essayer de lutter à sa manière. Pour le jeune Pierre-François Beauchard, alias David B., il s'agira avant tout d'une fuite dans le dessin et son imaginaire. Si L'Ascension du Haut Mal est avant tout un récit autobiographique et pathographique incontournable, il s'agit également d'une oeuvre fondatrice pour son auteur de laquelle émergent les racines de son travail, ses obsessions, ses sources d'inspiration graphiques, les lieux mythiques et moments charnières de l'enfance, son apprentissage... Tout cela fait de L'Ascension du Haut Mal un jalon essentiel du Neuvième Art et un futur classique! Philippe
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Athos en Amérique de Jason, Carabas
L'Ascension du Haut Mal (monovolume) de David B., L'Association

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samedi, novembre 19, 2011

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L'exposition Ombres Croisées consacrée à JASON et Fabien VEHLMANN a pour ambition de retracer l'histoire de la rencontre entre ces deux auteurs aux univers aussi riches que singuliers. Nous ne présenterons donc pas uniquement des planches de leur collaboration sur L'Île aux cent mille morts mais également des originaux d'abums précédents de Jason (Hemingway, Attends..., Je vais te montrer quelque chose) qui donnèrent l'envie à Fabien Vehlmann de collaborer avec l'auteur norvégien. De même, nous exposerons des originaux de Samedi et Dimanche, une excellente série de Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval qui permit à Jason de découvrir le travail du scénariste français. Ces planches seront accompagnées de commentaires de Fabien Vehlmann (tous extraits d'un entretien inédit) qui permettront de comprendre les différentes étapes de leur rencontre jusqu'à leur collaboration. On retrouvera également un texte inédit de Franck Marguin, l'éditeur de l'album L'Île aux cent mille morts, les deux pages que Fabien Vehlmann consacra à Jason dans la revue Casemate, la planche originale du collectif Coïncidence où Jason et Fabien Vehlmann collaborèrent pour la première fois, des éditions rares des ouvrages de Jason et bien d'autres choses encore!
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Nous accueillerons JASON et FABIEN VEHLMANN ce mardi 22 novembre pour la séance de dédicaces (15h30-18h00) qui précède le vernissage de l'exposition (18h30-20h30).
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L'exposition se déroulera du 22 novembre au 24 décembre 2011.
Librairie Multi BD - 122-124 boulevard Anspach - B-1000 Bruxelles.
Les inscriptions à la séance de dédicaces se font à la librairie ou par mail en nous écrivant à l'adresse info@multibd.com.
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- La première partie d'un entretien avec Jason pour XeroXed.be.
- La seconde partie de cet entretien.
- Lien vers un très beau court-métrage inspiré par l'univers de Jason.
L'intégralité de L'Île aux cent mille morts en version numérique sur le site 8comix.
- La présentation de L'Île aux cent mille morts par les éditions Glénat.
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mardi, novembre 08, 2011

Bientôt: "Ombres Croisées", une exposition sur la rencontre de JASON et Fabien VEHLMANN autour de "L'Île aux cent mille morts"

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Nous sommes heureux d'accueillir l'auteur norvégien JASON (Attends..., Je vais te montrer quelque chose, J'ai tué Adolf Hitler...) et le scénariste FABIEN VEHLMANN (Seuls, Les derniers jours d'un Immortel, Les cinq conteurs de Bagdad, Jolies Ténèbres, Voyage en Satanie...) ce mardi 22 novembre à l'occasion d'une séance de dédicaces (15h30-18h00) et du vernissage de l'exposition "Ombres Croisées" consacrée à leur rencontre et leur collaboration autour de l'excellent album L'Île aux cent mille morts. Nous vous reparlerons la semaine prochaine de manière plus détaillée de cet événement qui réunit deux des auteurs favoris de l'équipe de notre librairie!
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Les inscriptions à la séance de dédicaces se font à la librairie ou par mail en nous écrivant à l'adresse info@multibd.com.

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vendredi, février 25, 2011

Les neuf vies du Neuvième Art: "Attends..."

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Après Des chiens de l'eau d'Anders Nilsen, c'est au tour du Attends... de Jason d'être remis en lumière parmi les titres de notre espace Les neuf vies du Neuvième Art.
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Jon et Bjorn partagent tous les plaisirs de l'enfance et de l'amitié: les blagues potaches, les bonbons, la passion pour les superhéros, les premiers émois... Jusqu'au jour où la mort accidentelle de Bjorn propulse brutalement (et physiquement!) Jon dans le monde adulte. Une vie est perdue, une autre bouleversée à jamais...
La perte de l'innocence, l'absurdité de l'existence, la solitude, la mort, Jason aborde tous ces thèmes de front avec un détachement et un humour à froid qu'on retrouve aussi notamment dans les films d'Aki Kaurismaki. Première oeuvre traduite en français, Attends... permet également de découvrir d'autres facettes de l'univers unique de Jason: la mélancolie ambiante qui marque les visages, le goût de l'absurde, la maîtrise des silences, un sens remarquable de l'ellipse et puis le choix singulier d'une économie de moyens pour évoquer les émotions les plus profondes.
Tout cela fait de Attends... une oeuvre aussi poignante qu'attachante et une véritable leçon d'écriture!
Philippe
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Attends... de Jason, éditions Atrabile
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dimanche, février 06, 2011

Grand Prix

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Dans ma chronique de L'Île aux cent mille morts de Fabien Vehlmann et Jason, j'évoquais l'utilisation des personnages aux traits animaliers en Bande Dessinée. Par un heureux hasard, le Jury du Festival d'Angoulême a remis ce dimanche son "Grand Prix" à un auteur qui travestit les Allemands en chats et les Juifs en souris dans sa magistrale évocation de la Shoah. Au fil des 300 pages de son MAUS, Art Spiegelman nous livre le témoignage de son père Vladek qui survécut au camp d'extermination d'Auschwitz. Il y dévoile aussi le long et douloureux travail qu'il dut accomplir pour ne pas trahir la mémoire de sa famille plongée à jamais dans l'effroi. Pour ce faire, il en vient à extraire l'essence-même de la Bande Dessinée. Celle-ci permet, par le dessin et le trait, d'exprimer ce que des mots, trop nus ou trop chargés, ont parfois tendance à retenir. Grâce à l'ellipse d'où elle tire l'une de ses plus grandes forces, la Bande Dessinée parvient aussi à suggérer bien plus qu'elle ne montre. Au travers de la conjugaison savante du trait, des mots et de l'ellipse, elle s'offre ainsi comme une véritable "cartographie" des émotions, des plus légères aux plus pesantes. A ce titre, le MAUS de Spiegelman est l'une des oeuvres majeures du Neuvième Art. Elle fait partie des cinq albums les plus marquants de mon parcours de lecteur avec le V pour Vendetta d'Alan Moore et David Lloyd, le Attends... de Jason, le Poor Sailor de Sammy Harkham et le Master Race de Bernard Krigstein. Ce dernier récit, qui tient en seulement huit planches, est une véritable leçon de Bande Dessinée qui eut d'ailleurs un impact considérable sur Art Spiegelman. Celui-ci lui consacra une analyse "case à case" qui vient d'être traduite en français dans le Beaux-Arts Magazine hors-série: un Siècle de BD américaine avec le récit original de Bernard Krigstein. Je ne peux que vous conseiller de découvrir ce chef-d'oeuvre méconnu et la brillante lecture qu'en fait Art Spiegelman, le "Grand Prix" (amplement mérité) de cette nouvelle édition du Festival d'Angoulême.
Nicolas
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La présentation de chaque ouvrage du Palmarès Officiel est disponible sur cette page du Festival d'Angoulême. Je vous invite aussi à lire l'article J'étais juré à Angoulême pour découvrir les coulisses des délibérations du Jury.

Et pour rappel...
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De plus amples informations sur cette séance de dédicaces sont présentées sur cette page.

dimanche, janvier 30, 2011

"L'Île aux cent mille morts" de Fabien Vehlmann et Jason

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Du latin infans, "qui ne parle pas"
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"On revêt une forme animale lorsqu'on est exclu de la parole des hommes. Soit parce qu'on ne vous écoute pas. Soit parce qu'on n'accorde pas à votre parole la qualité d'une parole adulte". Cette réflexion de Joann Sfar exprime parfaitement combien l'utilisation de personnages animaliers est porteur d'un sens tout particulier. Victime ou témoin de violence, confiné dans le secret, l'enfant est privé de parole et trouve dans le règne animal des compagnons d'infortune qui partagent son mutisme. Dans L'Île aux cent mille morts, la jeune Gweny porte bien des traits animaliers mais, pour le coup, n'a pas sa langue dans sa poche! Quittant sa mère atteinte de démence pour retrouver son père disparu en cherchant un trésor, la fillette convainc de cruels pirates de l'emmener avec eux dans la quête du magot. Gweny doit se montrer des plus ingénieuses pour retrouver cette fameuse île légendaire sans se faire doubler par ces corsaires sanguinaires qui n'en veulent qu'aux pièces d'or. Pour assurer sa protection, elle fait donc preuve d'une incroyable témérité en faisant chanter un flibustier qui dissimule un vil secret. C'est là un bien joli coup d'esbroufe car la jeune fille ne sait rien de ce qu'il cache à ses acolytes... Elle sait par contre une chose pour sûr; une embuscade les attend sur l'Île aux cent mille morts. Une mystérieuse organisation y a installé un pensionnat où de jeunes élèves sont formés à un métier qui demande sang-froid, rigueur et minutie. Commis de cuisine? Chirurgien? Inspecteur des Impôts? Non, vous n'y êtes pas. Fabien Vehlmann et Jason ont songé au pire: BOURREAU! Cette profession méconnue et bien mal jugée -je vous l'assure- nécessite un savoir-faire exemplaire qui ne s'acquiert qu'au travers de nombreux travaux pratiques. Toute personne capturée sur l'île sera donc soumise à la question par de petits pensionnaires appliqués. A moins de tomber sur le mauvais élève de la classe...
 
Avec L'Île aux cent mille morts, Vehlmann et Jason nous offrent une aventure trépidante à l'humour "féroce". Féroce comme le sont les animaux sauvages, féroce surtout comme le sont les Hommes. L'utilisation de personnages animaliers permet, aussi, d'affronter la cruauté de ce monde, et la nôtre, tout en conservant une saine distanciation pour les plus jeunes lecteurs. La ligne claire de Jason, son découpage systématique en gaufrier, ses yeux dessinés en ovale où l'on injecte ses propres émotions autant qu'on cherche à en percer le mystère, permettent de contenir les frissons que l'on sent poindre au bas de notre dos et de laisser place au rire. La rencontre entre les univers si pénétrants et si singuliers de FABIEN VEHLMANN (Seuls , Les derniers jours d'un Immortel, Les cinq conteurs de Bagdad, Jolies Ténèbres...) et JASON (Attends..., Je vais te montrer quelque chose, J'ai tué Adolf Hitler...) donne lieu à un ouvrage "tous publics" remarquable et à un remarquable ouvrage "tout court". Je suis donc ravi de pouvoir vous annoncer, non sans quelque émoi, que nous lui consacrerons une exposition dans quelques mois!
Nicolas
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L'Île aux cent mille morts de Fabien Vehlmann et Jason, éditions Glénat
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- Les premières planches en ligne sur le site 8comix.com
- Nos deux entretiens exclusifs avec JASON sont en ligne ICI et LA.

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samedi, janvier 22, 2011

VEHLMANN/JASON

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Dans une prochaine newsletter, nous vous parlerons de L'Ile aux cent mille morts, l'album né de la collaboration entre Fabien VEHLMANN (Seuls, Jolies Ténèbres, Green Manor, Les Derniers Jours d'un Immortel, Les Cinq Conteurs de Bagdad, Samedi et Dimanche...) et JASON (Attends..., J'ai tué Adolf Hitler, Chhht!,...). C'est donc une rencontre au sommet pour nous donner à lire un album "tous publics" aussi noir que drôle, aussi décalé que réussi. Les premières planches sont en ligne sur le site 8comix.com, un espace collectif réunissant des auteurs décidés à promouvoir par eux-mêmes leurs oeuvres sur la toile. On y retrouvera ainsi les nouveaux projets de Cyril Pedrosa (Trois Ombres) et Jérôme Jouvray (Lincoln) pour ne citer qu'eux. Bonne découverte!

vendredi, juin 25, 2010

Cinéma: La Mort de Jason et les Zombies de "Walking Dead"

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Grand fan de Walking Dead, je ne pouvais que vous inviter à découvrir les premières photos de la série télé sur  le blog officiel de l'adaptation de Walking Dead (avec une vidéo de l'entraînement des futurs "zombies")...
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Pour le plaisir des yeux, voici aussi une adaptation en court métrage d'une histoire de l'album Chhht! de Jason. Le film en "super 8" (sans aucun montage comme l'exige le Festival où la bande est projetée) capture à merveille l'atmosphère si particulière qui hante les ouvrages de l'auteur norvégien.
Et terminons sur l'une des premières photographies de tournage de l'adaptation cinématographique de Quartier Lointain de Jirô Taniguchi... par une co-production franco-belge!

mercredi, février 10, 2010

A redécouvrir: "J'ai tué Adolf Hitler" de Jason

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A l'occasion de leurs 10 ans, les éditions Carabas rééditent l'excellent album J'ai tué Adolf Hitler dans une version au dos toilé. Avec ce récit, l'auteur norvégien Jason nous emmène sur les traces d'un tueur à gages à qui l'on propose un contrat inattendu; celui de remonter dans le temps et d'abattre Adolf Hitler. Le professionnel accepte mais divers imprévus rendront sa tâche particulièrement ardue. Cette chasse à l'homme bouleversera sa vie et celle de l'être cher qu'il a dû impliquer avec lui dans cette aventure. Jason maîtrise à la perfection l'enchaînement des rebondissements qui rythment cet album. Il nous fait passer de surprises en surprises pour conclure par un final aussi génial qu'émouvant. Et c'est ce dernier aspect qui me touche le plus dans son travail: il parvient à me faire vivre des aventures improbables d'où se dégagent des émotions pronfondément justes. Nicolas.
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Lien vers la présentation de J'ai tué Adolf Hitler
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J'ai tué Adolf Hitler de Jason, éditions Carabas

jeudi, novembre 30, 2006

Notes de lecture (V): fin novembre 2006

Voici trois chroniques que j'ai écrites pour la newsletter de la Bulle d'Or. Ce n'est pas ma meilleure prose mais j'espère néanmoins qu'elles vous donneront envie de découvrir certains de ces albums.

Voyages dans le Temps

Après avoir choisi trois albums qui m'avaient particulièrement plu dernièrement, je me suis aperçu qu'ils partageaient tous un thème commun; celui du retour dans le passé. Mais ce n'est pas le seul lien qui unit ces ouvrages aux esthétiques fort différentes. Ils sont tous trois emprunts d'une sensibilité rare. Julien Neel, Jason et Gipi possèdent cette qualité qui fait la marque des grands auteurs: ils ne racontent pas des histoires mais des personnages. Ils nous donnent à voir la route qu'ils ont parcourue et qui les a menés au bout de leurs crayons.

© 2006 Gallimard Jeunesse/Carabas/Vertige Graphic & auteurs respectifs

"Chaque Chose" de Julien Neel chez Gallimard Jeunesse (Bayou)

Julien Neel n'est pas un inconnu pour tous ceux qui ont été séduits par "Lou",
la série qu'il dessine chez Glénat. Pour ce nouvel album, l'auteur nous offre un récit dans une tonalité toute différente. Il l'évoque avec justesse dans ces quelques lignes de présentation: « Un petit garçon a une mamie qui crie tout le temps et qui habite une maison en crépit noir. Et puis il part en vacances avec son papa, qui est magicien. Des années plus tard, la mamie est morte, le papa magicien est extrêmement malade et le petit garçon n’en est plus un. Une nuit, il part part à vélo et retrouve la maison, maintenant peinte en blanc, de la mamie. Ensuite, il va voir le papa à l’hôpital, parle au médecin, rentre chez lui, parle à sa femme et regarde sa petite fille dormir. C’est un livre puzzle. Avec des pièces manquantes. C’est la vie. Ce sont des saynètes. Des petites histoires cruelles, qui souvent font rire ». Dans "Chaque Chose", l'auteur parvient à faire coexister la sensibilité de l'enfant qu'il a été et celle de l'homme qu'il est devenu. Avec une simplicité qui rend ce récit d'autant plus fort.

"J'ai tué Adolf Hitler" de Jason chez Carabas

Pour les habitués de la Bulle d'Or, Jason est un nom désormais familier. L'auteur norvégien nous a rendu plusieurs fois visites à l'occasion de la sortie de ses albums "Attends", "Chhht!" (Atrabile) et "Je vais te montrer quelque chose" (Carabas). Avec "J'ai tué Adolf Hitler", il nous offre à nouveau un récit des plus surprenants. Il nous emmène sur les traces d'un tueur à gages à qui l'on propose un contrat inattendu: celui de remonter dans le temps et d'abattre Adolf Hitler. Le professionnel accepte mais divers imprévus rendront sa tâche particulièrement ardue. Cette chasse à l'homme bouleversera sa vie et celle de l'être cher qu'il a dû impliquer avec lui dans cette aventure. Jason maîtrise à la perfection l'enchaînement des rebondissements qui rythme son nouvel album. Il nous fait passer de surprise en surprise pour conclure par un final aussi génial qu'émouvant. Et c'est ce dernier aspect qui me touche le plus dans son travail: il parvient à me faire vivre des aventures incroyables dans lesquelles chaque émotion, chaque sentiment est à la fois complexe, juste et vrai.

"S." de Gipi chez Vertige/Coconino (Moby Duck)

Gipi est un auteur dont je vous ai souvent fait l'éloge. La chronique que j'ai écrite sur son album "Notes pour une histoire de Guerre" (qui a remporté le prix du meilleur album à Angoulême) est toujours disponible dans notre section alternative (ICI). La lecture de "S." m'a confirmé que cet auteur italien fait partie des maîtres de la Bande Dessinée européenne. Comme pour "Chaque Chose", Gipi nous propose de voyager dans les souvenirs, de sauter d'avant en arrière dans le temps. Il parvient ainsi à rendre toute la complexité d'une mémoire (qui n'est jamais linéaire). Cette mémoire, c'est celle d'un fils
qui raconte son père. Ce dernier a vécu l'occupation allemande. Il s'est caché et a caché des déserteurs. Il a vu l'horreur mais il a survécu. Son fils nous livre les souvenirs difficiles et touchants que son père conservait de cette période sombre. Mais il partage aussi avec nous le regard qu'il portait enfant sur cet homme simple et attachant. Gipi nous offre donc un album d'une grande profondeur que la luminosité de ses aquarelles contraste à la perfection. Je conseille vivement cet album à tous ceux qui ont été touchés comme moi par le "Journal de mon Père" de Jirô Taniguchi (Casterman).

A+

jeudi, novembre 24, 2005

Correspondances (II): JASON

Ce nouvel entretien avec Jason est un complément à celui publié dans le Totem. Ce dernier est aussi disponible sur ce site. Pour y accéder: cliquez ici. Vous y retrouverez aussi la présentation de l'auteur.


Nouveau titre et nouvelle maquette pour Hemingway. Copyright Jason/Carabas


N.- Comment en es-tu venu à te lancer dans l’album « grand format cartonné couleurs » comme Je vais te montrer quelque chose et Hemingway?

Jason – Je désire vivre de mes bandes dessinées et pas seulement en faire un hobby ; il se trouve que ce n’est pas aisé avec une production de petits albums en noir et blanc. J’avais envie de toucher un public plus large et il y avait aussi un défi dans la création d’un album traditionnel à 48 pages du même type que ceux avec lesquels j’ai grandi.

N.- Le découpage de Je vais te montrer quelque chose révèle bien ce rapport aux albums traditionnels. Chaque planche est découpée en quatre bandes horizontales d’une hauteur égale. Kevin Huizenga (1) évoque cette approche sous le nom de « méthode Tintin ». Partages-tu cette référence ?

Jason – Tout à fait. Cela est entièrement dû à Tintin. Je voulais essayer au moins une fois cette méthode. Je vais te montrer quelque chose est beaucoup plus proche des bandes dessinées franco-belges classiques que mes récits précédents et j’ai emprunté ce système pour cet album. Dans mon second album, je suis revenu à mon ancienne méthode. Hemingway est aussi en couleurs mais il est plus proche de mes anciens travaux.

N.- Tu y retrouves en effet ton découpage en cases égales. Ce système du « gaufrier » t’est venu naturellement ou t’a-t-il fallu du temps avant de l’adopter ?

Jason – J’aime la grille. Comme j’avais utilisé le style franco-belge dans mon album précédent, je désirais la retrouver mais avec neuf cases au lieu de six. J’ignore pourquoi mais elle m’attire. Elle annonce que tout est dans le récit et non pas dans un découpage fantaisiste.

N.- A-t-il été difficile de faire publier Hemingway et Je vais te montrer quelque chose ?

Jason – J’ai rencontré quelques difficultés à trouver un éditeur. J’ai écrit le scénario, dessiné les dix premières planches et envoyé le dossier un peu partout mais sans réponse. J’ai ensuite rencontré Jérome Martineau (2) à San Diego et il s’est montré intéressé par mon projet. J’ai donc dû aller aux Etats-Unis pour trouver un éditeur français.

N.- Tu n’as pas réalisé la colorisation des deux albums publiés chez Carabas. Correspond-elle à tes attentes ?

Jason – Je suis très content du résultat. Hubert a fait un travail bien supérieur à celui que j’aurais pu réaliser. Cela tient à une raison bien simple: je n’y connais rien à la colorisation par ordinateur et c’est l’effet d’aplat qui lui est propre que je recherchais.

N.- Cette colorisation t’a poussé à modifier ton approche du dessin ?

Jason – Oui. Une chose que j’ai apprise en travaillant sur ces albums colorisés c’est qu’il faut « clore » toutes les lignes. Cela facilite le travail du coloriste. Dans un album noir et blanc, j’utilise plus de noir pour illustrer par exemple un ciel de nuit. Dans un album en couleurs, je laisserai ça au coloriste.

N.- Une autre contrainte que tu as rencontrée avec Je vais te montrer quelque chose tenait de l’écriture préalable du scénario pour monter le dossier. Tu as plutôt l’habitude d’improviser le récit au fil des planches que tu dessines. Cela t’a semblé être une contrainte difficile ?

Jason – Oui, cela n’a pas été évident. Faire tenir l’histoire dans le format spécifique des 46 planches a aussi été un travail supplémentaire. Hemingway par contre a été écrit selon une méthode plus proche de l’ancienne. J’ai conçu la première moitié avec seulement une idée générale de la seconde. Je ne découpe les planches que par série de huit ou dix à la fois. Si j’avais préalablement résolu les problèmes de découpage et de narration de tout l’album, je m’ennuierais.

N.- Tu sembles avoir une grande liberté de création sur Hemingway. L’éditeur te fait toute confiance ?

Jason – Je n’ai pas dû montrer l’entièreté du scénario à Jérome. Je lui ai seulement envoyé les dix ou quinze pages de script pour qu’il les traduise. Je me sens vraiment libre d’écrire le type de récit que j’ai envie de raconter. On ne m’a jamais dit : « Non, tu ne peux pas faire ça ».

N.- Avant d’être baptisé Hemingway, l’album portait le titre de « Demain, peut-être ». Pourquoi cette modification de dernière minute ?

Jason – Je n’ai jamais vraiment été satisfait par « Demain, peut-être » et je voulais un autre titre. Je pense que ce titre aurait pu correspondre mais je préfère « Hemingway ». Ce nom à lui seul crée toutes sortes d’associations à la violence et aux durs à cuire. Je crois que cela correspond donc bien à l’album. De plus Hemingway est le personnage principal !

N.- Le récit de Je vais te montrer quelque chose se déroule à Bruxelles, celui d’Hemingway à Paris. Est-ce important pour toi de faire référence à des villes bien précises ?

Jason – En quelque sorte. Pour le premier je voulais que l’histoire prenne place dans une ville française ou belge. Il se trouve que j’habitais à Bruxelles à l’époque. J’aime l’idée de vivre un temps dans une ville et d’utiliser ensuite cette expérience dans une bande dessinée. Ainsi Hemingway se déroule à Paris où j’ai aussi vécu et je veux faire un album qui aurait Montpellier comme décor car c’est la ville où je vis actuellement.

N.- Comment envisages-tu ta future production ? Comptes-tu travailler selon un principe d’alternance entre des albums noirs et blancs et des albums couleurs ?

Jason – Oui, j’aimerais bien. Je viens de terminer un album noir et blanc pour Atrabile et j’ai une idée pour un autre album du même type. Mais pour le moment je me consacre au prochain album couleurs. Comme je l’ai dit, il y a plus de rentrées pour les albums couleurs…

N.- Fantagraphics Books a aussi publié Meow Baby dont il n’existe pas de version française. Celle-ci verra-t-elle le jour ?

Jason – J’espère. Soit par Atrabile, soit par Carabas.

N.- Il existe aussi la compilation Mitt Liv som Zombie qui regroupe des récits parus dans ta revue Mjau Mjau. Penses-tu un jour tenter une version française de cet album ou crains-tu que ton lectorat franco-belge ne se retrouve pas dans ces histoires au style graphique fort différent de ce qu’il connaît ?

Jason – Si un éditeur est intéressé, je n’ai rien contre. Je supprimerais le matériel le plus ancien et le plus faible mais le recueil ferait encore une centaine de pages.

Couverture de la version américaine de Chhht!. Copyright Jason/Fantagraphics


N.- Les couvertures des éditions étrangères de tes albums sont fort différentes. La couverture américaine de Chhht ! (Fantagraphics) est en couleurs directes mais celle de la version française est beaucoup plus sobre. Je suppose que tu as réalisé cette dernière pour rester dans le ton des maquettes d’Atrabile. Aurais-tu préféré réaliser une couverture en couleurs directes ?

Jason – Le problème des couvertures en couleurs directes tient du fait que la version imprimée ne correspond presque jamais à l’original. Il y a toujours une différence. Les couleurs sont plus vives ou plus ternes. Avec un dessin fait au trait noir et avec une seule couleur, le résultat est toujours plus proche de ce que je me suis figuré mentalement. Le deuxième tirage de Chhht ! aux Etats-Unis sera modifié. Il sera identique à la version francophone et plus aucune des couvertures américaines ne sera en couleurs directes.

N.- Une dernière question pour conclure : si tes albums de 46 planches étaient un défi créatif en référence aux bandes dessinées classiques, le prochain ne serait-il pas de tenter une série ?

Jason – Oui, je veux faire une série mais jusqu’à présent je n’ai eu que des idées pour des histoires en un volume. La fin est très importante pour moi et elle est très importante pour l’histoire. Une histoire ne peut pas durer indéfiniment. Mon problème est donc de trouver un personnage que j’aime et qui pourrait cadrer dans plusieurs récits.


(1) Kevin Huizenga est l’auteur de 28ième Rue chez Vertige Graphic. Son entretien sera bientôt disponible sur Xeroxed.
(2) Jérome Martineau est le directeur de publication des éditions Carabas.


(entretien réalisé par courrier électronique en novembre 2005 - copyright Jason/Nicolas Verstappen)

samedi, novembre 05, 2005

Totem (II): JASON

TOTEM (II): Rencontre et entretien avec Jason

Dans le cadre du Totem, il m'aurait été particulièrement difficile de ne pas évoquer le travail du dessinateur norvégien Jason. Ses récits mettent en scène de nombreux personnages thérianthropes dans des situations souvent drôles et décalées mais surtout empruntes d'une grande sensibilité voire d'une profonde mélancolie. Ses personnages à visage animalier nous plongent dans un univers unique et personnel et nous font voyager par tout le spectre des émotions.
Une autre qualité majeure de son travail réside dans sa maîtrise parfaite du découpage. Son sens de l'ellipse fait mouche à chaque fois tant dans les séquences dramatiques que burlesques.
Son travail est aujourd'hui reconnu à travers le monde et est traduit en de nombreuses langues (notamment en anglais chez le prestigieux éditeur alternatif américain Fantagraphics Books).
Jason est l'auteur chez l'éditeur suisse Atrabile des albums CHHHT!, Le Char de Fer, Mauvais Chemin, Dis-moi quelque chose et Attends... (qui reste pour moi l'un des albums les plus marquants de ces dix dernières années). Chez Carabas, Jason a publié Je vais te montrer quelque chose, son premier album grand format cartonné et superbement mis en couleurs par Hubert. Son nouvel album paraît chez le même éditeur ce mois-ci, il s'intitule: Hemingway.

Attends... de Jason adapté au théâtre

Pour le site internet de Jason: ici
Pour le très bon entretien avec Jason mené par l'ami Fred: ici

1. Rencontre avec Jason

Jason nous fait le plaisir de venir dédicacer Hemingway (et non pas Demain, peut-être comme indiqué sur la couverture ci-dessous) à la Bulle d'Or (Bruxelles) le samedi 26 novembre entre 15h. et 18h. Pour s'inscrire, rien de plus facile: envoyez-moi un mail ici.

copyright: Jason/Carabas-2005


Au passage, un grand merci à la responsable des événements Carabas pour son excellent travail.

2. Entretien avec Jason

Voici l'entretien publié dans le Totem. De nouvelles questions (et de nouvelles réponses) seront bientôt disponibles sur ce blog.

Nicolas - Dans un article consacré à la bande dessinée scandinave (1), j’ai pu lire que les bandes dessinées de Donald Duck était un véritable best-seller en Norvège.

Jason - Oui, tout à fait.

N.- Il y a des clubs de « donaldistes » et même un ouvrage qui leur est consacré. Donald a-t-il une si forte importance dans la culture norvégienne ?

Jason - Oui. Donald est encore très populaire maintenant. Sa revue hebdomadaire se vend à des quantités incroyables. C’est un tirage d’à peu près 250 mille exemplaires par semaine. Presque tout le monde lit Donald Duck durant son enfance.

N.- Est-ce que ce phénomène a un lien avec ton propre travail ?

Jason - Non. Je n’ai jamais vraiment lu les Donald Duck lorsque j’étais enfant même si tous les autres le faisaient. J’ai une sœur aînée qui lisait des bandes dessinées de western. Le titre anglais de ces albums était The Silver Arrow. C’était un homme blanc vivant parmi les indiens. L’histoire n’était pas très bonne mais elle me fascinait totalement.

N.- Tu m’as aussi dit qu’enfant tu lisais beaucoup d’aventures de super héros comme Batman (2) ou Spiderman.

Jason - Oui, je les ai découverts dans cet ordre. D’abord Silver Arrow, puis Batman puis Spiderman.

N.- Dans ton ex-libris pour notre librairie, c’est le « spider-sense » qui fait fuir ton personnage ?

Jason – Non, là c’est plutôt un code emprunté aux albums de Tintin.

N.- Ces derniers t’ont fort influencé ?

Jason - En fait, les albums de Tintin étaient beaucoup plus importants pour moi que les super héros. Je regarde ces derniers avec nostalgie mais Hergé a une influence plus marquante.

N.- Ainsi que Lewis Trondheim ?

Jason – Oui, il est aussi une influence importante. J’ai commencé à dessiner des personnages animaliers et j’ai ensuite découvert son travail. Pour moi, il m’a vraiment montré comment raconter des histoires avec des animaux. Son type de récit et son style de dessin m’ont fort attiré. Des dessins plus réalistes comme Canardo ne m’intéressent pas autant. Découvrir Trondheim et Fabio fut quelque chose d’important pour moi.

N.- Est-ce que le dessin animalier est fort ancré dans la tradition norvégienne ? On retrouve de nombreuses représentations d’hommes à têtes d’ours (berserk) ou à têtes de loup dans les artefacts vikings.

Jason – Non, pas tellement. C’est vrai que des animaux comme les ours et les renards ont une certaine importance mais plutôt dans l’imagerie des contes de fées norvégiens. J’aurais assez difficile de dire si ces derniers m’ont influencé. Je pense que des personnages de bande dessinée ont eu plus d’impact sur moi.

N.- A quel moment t’es-tu orienté vers des personnages à visages animaliers ?

Jason - Le premier album que j’ai fait était dans un style très différent de mon style actuel. Il était dessiné de manière très réaliste. Puis, avec la parution de ma propre revue (Mjau Mjau), j’ai tenté d’expérimenter de nouveaux styles. J’en suis arrivé à dessiner des personnages à visages animaliers plus proches du cartoon. Ça m’a plu. C’était aussi plus facile et je pouvais dessiner plus vite. Je pense que c’est pour cela que je me suis orienté dans cette direction.

N.- Cette facilité que t’offrait ce style est-elle liée au fait que tu improvises tes histoires au fil du dessin ? La rapidité d’exécution te permet de suivre plus facilement le cours de tes idées ?

Jason - Je ne pense pas que ce soit la raison principale. Pour moi, les dessins ont la même importance que les mots. Je dois donc les aborder simultanément ; je ne sais pas écrire le scénario avant de commencer à dessiner.

N.- Est-ce que tu transposes ces visages animaliers dans la réalité ? Est-ce que tu croises les gens dans la rue en te disant : « Celui-ci serait plutôt un oiseau et celle-là un lapin » ?

Jason - Non. C’est juste au niveau de mes dessins. Je ne perçois pas ces « qualités » animalières dans les personnes qui m’entourent. C’est au hasard que j’attribue tel ou tel visage à un personnage.

N.- Mais dans une enquête policière (3), tu as attribué un visage de chien à un détective.

Jason - Oui, là c’était effectivement calculé. Mais c’est aussi l’exception.

N.- Tu te donnerais quel visage ?

Jason - Celui d’un chat, je pense. Je n’ai pas d’animal de compagnie mais je préfère les chats. Par contre, je n’aime pas les chiens. Les chats sont plus « indépendants », c’est ce que j’aime chez eux.

N.- Dans son entretien (4), Joann Sfar parle de l’exclusion à la parole des hommes qui provoque le besoin de revêtir une forme animale. C’est quelque chose que tu partages ?

Jason - Je trouve l’idée très intéressante mais je ne l’ai jamais vraiment approfondie.

N.- Tu considères que les personnages à visages animaliers créent une identification plus forte pour le lecteur ?

Jason - Oui, totalement. Je pense que c’est pour cette raison que des personnages comme Donald Duck ou Mickey Mouse sont si populaires. C’est si facile pour le lecteur de s’identifier à eux. Les personnages animaliers sont universels. C’est ce qui est à la base de leur popularité.

Illustration reprise comme quatrième de couverture pour un Mjau Mjau - copyright: Jason

N.- Penses-tu que le lecteur accepte plus de choses lorsque les personnages sont animaliers ? Dans Chhht ! , une météorite s’écrase sur ton personnage principal. Dans Attends…, un ptéranodon s’empare du cerf-volant. Ce sont des séquences que le lecteur continue d’accepter car il peut se dire : « C’est normal, de toutes façons, ils ont bien des têtes d’animaux ! ». Cela n’offre-t-il pas plus de liberté à ta narration ?

Jason - Oui, sans doute. Tu te retrouves avec des animaux qui parlent et se comportent comme des êtres humains. Si tu acceptes ça, tu acceptes plus facilement le reste aussi.

N.- Cette utilisation de personnages animaliers permet donc de parler de problèmes « humains » et même de sujets durs parce qu’ils se comportent comme des humains mais avec une narration moins contraignante.

Jason - C’est une chose à laquelle j’ai beaucoup pensé. Je pense que Scott McCloud en parle très bien dans Understanding Comics (5). Moins il y a de signes pour décrire un visage, plus l’identification sera forte. Avec ce genre de dessins très simples, il est plus facile d’aborder des sujets fort variés. Je pense que si tu utilises un style fort réaliste, cela peu distraire l’attention de ton lecteur.

N.- Il risque de faire moins attention au fond ?

Jason - Je pense, oui. C’est ce à quoi il faut faire attention avant même de décider si l’on choisit des personnages animaliers ou humains.

N.- Tu ne crains pas que des lecteurs ne s’intéressent pas à ton travail parce que tu utilises des personnages animaliers ? Qu’ils le jugent « enfantin » et ne s’intéressent pas au fond ?

Jason - Peut-être mais je pense que le lecteur oublie vite qu’il est face à des personnages animaliers. Au bout de quelques pages, il les accepte comme de véritables personnes.

N.- Pourquoi dans tes albums, les personnages hommes et femmes vont par espèce ? Les oiseaux forment des couples ensemble mais ne se mélangent pas avec les chiens. Dans les Donjons Crépuscule (6), les chats et les oiseaux se mélangent pour créer des espèces hybrides. Est-ce quelque chose de culturel ?

Jason – Les mariages mixtes en Norvège ne sont pas courants. Mais le principe de mes albums n’est pas lié au concept des races.

N.- C’est plutôt l’idée de « trouver sa moitié » ou son « âme sœur » que tu exprimes là ?

Jason – Oui, c’est cela. Ce ne sont pas des ethnies que je représente par telle ou telle espèce animale. C’est plus une image du couple qui me semble juste.

N.- Dans ton monde animalier, on retrouve aussi un squelette, un ange et un démon. Si on rassemble le squelette, l’ange, le démon et l’animal, on pourrait reconstituer un être humain complet. L’idée est là ?

Jason – C’est une belle façon d’exprimer la chose mais je ne crois pas. Du moins, je n’en ai pas conscience. Je n’analyse pas mes histoires après les avoir écrites. L’ange et le démon sont des figures qui sont venues d’elles-mêmes.

N.- Elles sont assez proches de l’ange et du démon qui torturent Milou.

Jason – Oui.

N.- Est-ce que tu es plus attiré par des récits avec des personnages animaliers comme Fritz the Cat, Maus, Lapinot,… ? Est-ce que tu les apprécies plus que d’autres à cause de l’aspect animalier ?

Jason – Non, ce qui m’intéresse avant tout c’est d’avoir un bon récit.

N.- Dans Chhht !, qu’est-ce qui est venu en premier : le nid ou l’oiseau ?

Jason – Le personnage de l’oiseau est venu en premier. Je voulais qu’il soit d’abord fort proche de l’oiseau puis qu’il se retrouve dans une toute autre situation. L’idée de « changer » est importante. Toute cette histoire parle principalement de cela.

N.- Comme quelque chose d’initiatique ?

Jason – Oui. Je voulais qu’il commence son aventure hors de la ville puis qu’à la fin de l’histoire il veuille en sortir et retrouver ses racines.

N.- Est-ce qu’il y a un rapprochement à faire avec ta propre vie ? Après la France, tu t’installes à Liège puis à Bruxelles et bientôt à Paris mais entre chaque voyage tu retournes en Norvège.

Jason – Non, pas tellement. J’ai écrit cette histoire il y a trois ans et cela ne fait qu’un an que je voyage autant. C’est une coïncidence.

N.- J’ai le sentiment que dans tes albums les animaux représentent des hommes qui ne sont jamais à leur place. Dans le Comix 2000 (7), ton personnage errant se réveille dans une maison alors qu’il s’était endormi à la belle étoile. Dans Chhht !, tes oiseaux ont besoin d’une flûte pour chanter et d’un avion pour voler. Ton univers est toujours décalé.

Jason - Oui. Je pense que le modèle de vie qui nous est inculqué est basé sur la réussite et le salaire. Dans ce système, je n’ai jamais trouvé de travail qui me convenait. Par contre, en tant qu’artiste, on se retrouve en dehors de ce système. Quelque part, on a un regard différent sur cette société.

N.- Chhht ! présente une sorte de condition de l’artiste ?

Jason – Je pense plutôt qu’Attends… et Chhht ! parlent de l’idée de « grandir », de continuer plus avant. Le voyage fait partie de ça. Avec une certaine distance, il est plus facile de regarder ce qu’il y avait derrière nous. A cet instant, tu as le choix de revenir en arrière. Tu as le choix de continuer ou de retourner et c’est une partie importante de la croissance. Enfin, je ne sais pas trop ce que je suis en train de te dire maintenant. (Rires) (8).

(1) VAINIO, Pasi, "Lettre de Scandinavie (2) : Norvège, Islande et Danemark" in : Les Cahiers de la Bande Dessinée, n°64, juillet-août 1985. Jason m’a signalé que pour le reste, l’article n’était plus d’actualité car la Norvège est devenue en dix ans l’un des nouveaux pôles de la bande dessinée scandinave.
(2) Voir Attends... planche 13. Les vingt premières planches de l’album sont toutes autobiographiques à une ou deux exceptions.
(3) JASON, "Jernvognen" (partie 1), in : Mjau Mjau n°11, Jippi Forlag, 2001.
(4) Cet entretien sera bientôt disponible sur ce blog.
(5) McCLOUD, Scott, Understanding Comics: the invisible Art, Paradox Press, 1993. Version française éditée par Vertige Graphic sous le titre L’Art Invisible (1999).
(6) Les Donjons sont scénarisés par Joann Sfar et Lewis Trondheim et illustrés par eux ou de nombreux invités (Manu Larcenet, Christophe Blain...). Ils se déclinent en cinq séries (Potron-minet, Zénith, Crépuscule, Parade et Monster) et quelques bonus dans la collection Humour de Rire chez Delcourt.
(7) Le Comix 2000 est un album hors-collection de l’Association qui regroupe 324 auteurs de 29 pays sur 2000 pages muettes en noir et blanc, 1999.
(8) Nous n’en étions effectivement plus à notre premier verre…

(Entretien réalisé avec Jason le vendredi 27 avril 2002 à Bruxelles autour de quelques bonnes bières belges du Bier Circus - traduit de l’anglais - publié dans le recueil Totem en 2004 - copyright Jason/Nicolas Verstappen)