mercredi, novembre 16, 2005

Chronique (III): NOTES POUR UNE HISTOIRE DE GUERRE

A propos de l'album Notes pour une Histoire de Guerre de Gipi (Actes Sud bd)

Cet album n'est plus une nouveauté mais je n'ai pu résister à l'envie d'en reparler. Il fait toujours partie pour moi des dix meilleurs sorties de cette année 2005.

copyright: Gipi/Actes Sud 2005


Evidence. C’est là le terme que j’utiliserais si je devais résumer l’œuvre de l’auteur italien Gipi en un seul mot. Ses récits, bien qu’abordés avec des techniques graphiques variées, respirent toujours la même aisance. Notes pour une Histoire de Guerre en particulier. Gipi a le désir de bien raconter et pour ce faire, il privilégie la fluidité au travers d’un découpage sobre. Ses planches se divisent en quatre bandes d’une hauteur égale, à la manière classique. Gipi utilise régulièrement toute la longueur d’une de ces bandes pour nous offrir de superbes panoramas ruraux ou urbains. Il installe ainsi son décor mais surtout un climat au travers de toutes les nuances de gris de ses superbes lavis. Le ciel n’est jamais vide ; il semble continuellement incertain. Les éclaircies sont brèves dans un pays en guerre et c’est ce que l’album fait transparaître tout au long du voyage chaotique de ses trois personnages principaux. Christian, Julien et « P’tit Kalibre » doivent avoir dix-sept ans à peine. Leur village, régulièrement pilonné par les bombes, n’est plus un endroit sûr. Les tireurs isolés et les patrouilles de miliciens rendent les environs moins sûrs encore. Les trois jeunes hommes ne sont pas du genre à subir, ils veulent être des « durs » et sont prêts à tout pour qu’on leur reconnaisse ce titre. Le sang froid de P’tit Kalibre leur ouvrira bien des portes dans le milieu du crime organisé qui s’épanouit par ces temps de troubles. Ils vont alors apprendre les nouvelles règles de cet univers violent et pourtant, malgré leur apparente méchanceté, ils resteront des êtres dont on ne peut se détacher. Par touches subtiles et attendrissantes, Gipi nous rappelle en effet qu’ils ne sont que des adolescents qui ont grandi trop vite (1). La guerre cependant ne s’encombre pas de telles considérations : elle veut des hommes. Et nos trois personnages, qui ont appris à tenir une arme, sont maintenant des soldats en puissance.
Si l’évocation du drame de la guerre est si aboutie dans cet ouvrage, c’est que celui-ci ne parle pas du conflit mais des personnages qui s’y engouffrent. Le titre de l’album l’annonce parfaitement. Ce sont des notes pour une histoire de guerre, une guerre qui ne porte même pas de nom. Seuls comptent les noms de Christian, Julien, P’tit Kalibre et celui de Saint-Julien, leur village d’enfance détruit par les bombardements. Le talent de Gipi est d’être parvenu à mettre son sens aigu de la narration et du dessin au service de ces noms-là.
Gipi est une des révélations majeures de cette année 2005. Est c’est -pour moi- une évidence.

(1) Ce thème est annoncé dès la première bande de la première planche. Même s’il parle d’une croissance physique, Julien signale que « Christian semblait avoir grandi d’un coup ».


Pour le site/blog de Gipi: ici

10 commentaires:

nis a dit…

"Il fait toujours partie pour moi des dix meilleurs sorties de cette année 2005."
Pour moi, c'est la meilleure sortie 2005. J'attends avec impatience "Extérieur Nuit" depuis septembre mais il a pas l'air de sortir.
Heureusement que "Le local" parait dans quelques jours

Nicolas a dit…

Il occupe toujours la première place de mon classement mais comme l'année n'est pas finie, j'attends encore un peu avant de le consacrer définitivement. Mon seul regret concernant l'album reste son prix qui l'empêche de trouver le public qu'il mérite. Actes Sud devrait revoir ses tarifs à la baisse... Quoi qu'il en soit, une fois qu'on l'a lu, on est quand même content de l'avoir acheté...

nis a dit…

Pour les prix, c'est clair que Actes Sud exagère !
L'example le plus flagrant était Short (recueil d'histoires courtes (avec entres autres Gipi)) à 30 euros.

dampremy jack a dit…

Après avoir lu ce Gipi, je me suis dit "c'est l'album de l'année!". Puis, j'ai lu le Vandermeulen et depuis, j'ai le cul entre deux chaises. Deux très grands bouquins. Difficile de se prononcer... Et toujours merci pour ce blog que c'est bon de le lire.

Nicolas a dit…

"Fritz Haber" est effectivement un très bon album mais il y a quelques séquences où je me suis senti un peu perdu. J'ai parfois eu du mal à resituer l'action et les personnages. Je pense avant tout que je devrais le relire car j'étais vraiment claqué ce soir-là. Et je m'en voudrais de faire une critique de l'album alors que c'est probablement moi qui suis passé à côté de certaines choses.

june a dit…

Ahhhh la vache, la sélection pour les meilleurs bouquins de l'année débute ? Je suis bien incapable de faire le tri entre une dizaine de titres, mais c'est clair que le Gipi sera bien classé... 8)

Nicolas a dit…

Yes. Mais il y a encore un Gipi, deux Sfar, le Kevin Huizenga (qui est déjà dans mon top dix) et quelques autres albums qui doivent sortir. Patience, donc! Je lançerai un sujet là-dessus d'ici trois semaines, le temps d'avoir tout eu en main.

Nis a dit…

Peux-tu donner des infos sur le Kevin Huizenga ?

Nicolas a dit…

L'album se nomme "28ième Rue" et paraît chez Vertige Graphic (+Coconino Press?) en français. Je crois qu'il devrait sortir cette semaine. Kevin Huizenga m'a dit qu'il contenait les récits "Green Tea", "Lost and Found", "28th Street", "The Curse" et "Jeepers Jacobs". Le premier récit est en noir et blanc (tiré de l'anthologie "Orchid" et a été nommé dans la catogérie meilleure histoire courte pour les Eisner Awards), les trois suivants en bichromie (tirés du "D&Q Showcase #1"), le cinquième en couleurs (extrait de l'anthologie "Kramers Ergot #5"). Deux récits de KH ont déjà été publiés en français dans le tome 1 et 2 de l'anthologie "Black" de Vertige/Coconino. Pour ce qui est de la qualité des récits, je dois bien avouer que c'est du tout tout bon! La ligne est claire et sobre. Le contenu est dense, touchant, drôle et intelligent. Les genres sont variés: horreur, fantastique, récit du quotidien et même réflexion théologique. Les histoires forment pourtant un ensemble cohérent grâce au personnage de Glenn Ganges pour lequel on se prend rapidement d'affection. Mais dès que j'ai l'album en main, je fais une chronique plus conséquente. Promis. Là, je termine le carnet "Xeroxed #9" avec l'auteur donc un entretien sera bientôt dispo! A+

nis a dit…

Merci !