mercredi, janvier 26, 2011
XeroXed XX: Avant la Catastrophe
dimanche, juin 28, 2009
XeroXed (XV): MIRIAM KATIN
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ENTRETIEN AVEC MIRIAM KATIN
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Nicolas Verstappen : Vous avez démarré votre carrière dans la bande dessinée à l’âge de 58 ans. Etiez-vous déjà familière avec ce médium ou l’avez-vous découvert tardivement ?
Miriam Katin : Mes deux garçons (âgés aujourd’hui de 36 et 40 ans) ont fait mon éducation au travers des albums de Tintin et d’Astérix lorsque nous vivions en Israël. Aux Etats-Unis, ces séries étaient bien moins populaires et mes enfants ne s’intéressaient que très peu aux super-héros. En 1986, on me commanda une série de bandes dessinées d’après des publicités que nous avions produites en Israël pour le studio d’animation qui m’employait. Je m’y attelai et fus séduite par cette forme de narration. Mon premier travail personnel date cependant de 2000. Je travaillais alors avec de jeunes dessinateurs de Disney et MTV qui avaient entrepris d’éditer une anthologie de leurs travaux. Ils inclurent ma première histoire dans ce recueil baptisé Monkey Suit. Ce récit traitait de ma famille et de mon enfance. Ce sujet occupe mes pensées comme une sorte de flot narratif ininterrompu. Je ne suis pas une écrivain mais, sachant dessiner, j’ai trouvé au travers de la bande dessinée un moyen modeste de l’aborder.
NV : Pour quelles raisons aviez-vous quitté Israël pour les Etats-Unis en 1963 ?
Miriam Katin : Je venais de terminer mon service militaire et j’ai voulu quitter au plus vite cet endroit pour barouder quelques temps à travers le monde comme le font encore aujourd’hui les jeunes Israéliens.
NV : Durant ce service militaire obligatoire, vous avez travaillé comme « artiste graphique ». En quoi consistait ce poste au sein de l’Armée de Défense Israélienne ?
Miriam Katin : Mon service était obligatoire mais je l’ai apprécié de bout en bout. Jeune fille réservée aux parents sur-protecteurs venant d’une Budapest guindée, j’ai accueilli à bras ouverts à l’âge de 18 ans le sentiment de liberté qu’offre la vie de l’Armée. C’est ce que j’appelle la « romance terrible » de la vie militaire (l’odeur de la graisse pour fusil me plonge encore dans un état second où se mêlent mes souvenirs de jeunesse). Mon travail de graphiste est présenté dans la case inférieure gauche du récit Live Broadcast. Nous dessinions et écrivions des instructions militaires sur de grandes feuilles de vinyl noir avec de la peinture à l’huile blanche. Ce travail nous rendait parfois fou mais nous étions déjà un groupe un peu dérangé à la base.
NV : Vous avez principalement travaillé dans le domaine de l’animation. La technique du storyboard vous a-t-elle aidée dans votre travail en bandes dessinées ou avez-vous dû vous en éloigner ?
Miriam Katin : Ma tâche principale dans le domaine de l’animation était liée au design des décors. J’ai réalisé au cours de ces années de nombreux croquis et pour la plupart de personnes en mouvement. Je pense que mes bandes dessinées ont gardé cette dynamique du mouvement « réaliste ». Du moins, c’est ce qui est généralement noté dans les articles concernant mon travail.
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NV : Votre trait se rapproche sensiblement de celui de Raymond Briggs. Fait-il partie de vos influences graphiques ?
Miriam Katin : Le nom de Raymond Briggs est revenu souvent dans des articles traitant de mon travail et j’ai donc fait quelques recherches sur le sien. Je ne connaissais aucune de ses œuvres ni celles des autres grands auteurs de bandes dessinées. J’étais une vraie novice dans cet univers.
NV : Vous travaillez au crayon plutôt qu’à l’encre. Pourquoi avez-vous opté pour cette technique ?
Miriam Katin : Cela s’est produit de manière toute naturelle. En travaillant sur les croquis préparatoires des quatre planches de mon premier récit, je me suis éprise de la qualité de la ligne du crayon. Sa sombre mélancolie et ses gris semblaient exprimer à merveille ce que je désirais partager. Lorsque Chris m’a suggéré de travailler en couleurs, je lui ai répondu que j’avais toujours envisagé ces lieux et cette époque en noir et blanc. Sans doute ai-je été profondément influencée par les photographies de ces années-là et de manière plus intime par les quelques clichés pris par mon père durant la guerre.
NV : Votre récit How the Irish defeated the Hebrews dans le Rosetta #2 s’inscrit dans une tonalité bien différente du reste de votre corpus. Vous y décrivez avec beaucoup d’humour les passions adultérines qui prennent place dans les thermes de la Mer Morte. Pourquoi avez-vous décidé de travailler à l’encre sur ce récit ?
Miriam Katin : J’ai toujours apprécié travailler à l’encre et au pinceau. Je me suis éloignée de cette technique avec le temps et c’est un véritable problème car le trait du crayon se reproduit beaucoup plus difficilement. Au travers de cette histoire, je voulais tout simplement faire un récit plus léger et voir si j’étais toujours capable de manier le pinceau. J’ai passé un très agréable moment sur ce projet. Durant ces années passées près de la Mer Morte (1981-1990), je travaillais souvent dans la guest house et le spa gérés par le kibboutz Ein Geddi. De nombreux anciens guerriers décrépis y venaient et mes collègues me firent remarquer qu’ils partageaient encore des liaisons bien « volages ». A quelques pas de l’ancienne ville de Sodome, l’air transportait une épaisse odeur de sel, de souffre, de passion et d’intrigue amoureuse.
NV : Y a-t-il eu une sorte de déclic qui vous a mené de l’idée d’écrire Seules contre Tous à la mise en chantier de ce récit ?
Miriam Katin : Après plusieurs histoires courtes consacrées à mon enfance, une question restait latente : « Vous êtes née en 1942 en Hongrie. Vous êtes juive. Comment avez-vous survécu ? Il doit y avoir une histoire... » Oui, il y a bien une histoire mais ma mère étant encore en vie (et en bonne santé), il m’avait semblé impossible d’aborder ce sujet. Au bout de quelques temps... et suite à l’insistance de mon éditeur... et après m’être demandée ce que je pouvais bien attendre... j’ai dessiné un découpage préparatoire pour une histoire de 35 pages. Chris Oliveros m’a alors suggéré d’étendre ce récit pour en faire un livre.
NV : La bande dessinée offre la possibilité à l’auteur victime d’un trauma de conjuguer à sa guise les mots, les images (lorsque les mots sont trop douloureux) et les ellipses. Elle lui offre aussi une certaine intimité avec son lecteur. La bande dessinée n’était-elle pas une des formes les plus appropriées à l’expression du drame que vous avez vécu ?
Miriam Katin : Je crois que votre analyse est juste mais c’est une chose dont je n’avais pas conscience à mes débuts. Mon troisième récit, intitulé Parfait et publié dans Viva la Monkeysuit en 2001, traite d’un incident lié à la pédophilie lorsque j’étais enfant à Budapest. Au départ, j’ai pensé que je cherchais simplement une histoire forte et peut-être que c’était le cas à l’époque. Pour Seules contre Tous, ce fut quelque chose de très différent. De nombreuses personnes me parlant de la question de la catharsis, je dû me rendre à l’évidence qu’elles avaient vu juste.
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Miriam Katin : L’alcool a toujours été présent dans ma vie. Dans l’Europe de mon enfance, il n’était pas lié à une interdiction stricte pour les enfants comme c’est le cas aux Etats-Unis. Durant mon service militaire, la consommation d’alcool était devenue coutumière. J’ignore si nous buvions pour « oublier », pour nous « aider à vivre avec ». Mon mari pense que c’était le cas. Une chose est sûre cependant. Lorsque je rends visite à ma mère, nous buvons un apéritif sans attendre et ce quelle que soit l’heure de la journée (à l’exception du petit-déjeuner). Dernièrement, nous nous servons du Scotch. Elle a 90 ans et nous passons un agréable moment. Ce n’est qu’après avoir terminé Seules contre Tous que j’en suis arrivée à la conclusion qu’il s’agissait là à la fois d’un rituel et d’une célébration.
NV : Vincent Bernière m’a signalé que votre première rencontre avec Art Spiegelman fut relativement froide. Quel fut votre sentiment à cet égard ?
Miriam Katin : A la première rencontre, à la seconde, à la troisième... J’étais si impatiente et honorée de le rencontrer que je ne savais pas à quoi m’attendre. Et à quoi aurais-je dû m’attendre ? Si je devais comparer son accueil à celui plus chaleureux des autres auteurs, je dirais que le sien était très différent. Peut-être est-il dérangé par le fait que l’on compare (bien qu’il ne pourra jamais y avoir de comparaison avec son œuvre) ou plutôt mentionne son nom à chaque fois que l’on m’interviewe. Je suis aussi nouvelle dans le métier et je suis donc peut-être considérée comme une dilettante ou une intruse.
NV : Vous avez d’abord été « horrifiée » par l’idée qu’une bande dessinée sur la Shoah comme Maus puisse exister. Vous avez changer d’avis plus tard. Comment définiriez-vous la relation que vous entretenez avec cette œuvre ?
NV : Le récit de type autobiographie est au centre de travail. Qu’en est-il de la fiction ?
Miriam Katin : J’ai travaillé sur deux histoires qui n’était pas liées à ma vie dans le deuxième volume de l’anthologie Rosetta. La première était basée sur un scénario de Suat Ng Tong et l’autre évoquait les passions amoureuses au bord de la Mer Morte. Mon reportage sur Obama est plus difficile à définir. Cependant j’ai bien une idée ou deux pour la fiction. Mais il y a cette histoire... Une histoire qu’il m’est pénible de raconter et sur laquelle je dois me pencher avant toute chose... Mon mari pense que je n’y parviendrai jamais. Je dois parler de mon père que j’aimais tant et qui est décédé en 1996. J’étais très proche de lui. Ses quelques apparitions dans Seules contre Tous furent les pages les plus difficiles à rendre sur un plan émotionnel. Mon mari dit que je tente de tout faire pour éviter d’entamer mon prochain livre qui devrait lui être consacré en grande partie. Il a peut-être raison.
NV : En quoi les souvenirs de votre père sont-ils un sujet si difficile à aborder ?
Miriam Katin : Je ne suis pas certaine de la réponse. Les photographies de la guerre que je reproduisais dans Seules contre Tous me plongeaient irrémédiablement dans une profonde tristesse. Je crois que c’est de penser à la grande injustice de sa souffrance qui me met dans un tel état. De plus, même si mon père survécut, les circonstances ne lui permirent jamais de réaliser pleinement ses aspirations professionnelles. Cela m’a toujours attristée.
NV : Vous envisagez aussi de parler dans un prochain récit du choc que provoqua pour vous l’installation de votre fils Ilan à Berlin à cause de votre « système de pensée fondé sur l’Holocauste ». Est-ce là aussi une approche cathartique lié à ce problème ou une façon d’apporter, au travers de ce récit, une conclusion à un cheminement effectué en amont ?
NV : Comment envisagez-vous votre citoyenneté aujourd’hui. Vous sentez-vous américaine, israélienne, hongroise ?
Miriam Katin : A la fois américaine et israélienne. On ne perd jamais sa nationalité israélienne mais je ne renoncerai jamais non plus à ma nationalité américaine car ce pays fut le pays le plus accueillant de tous.
[Entretien réalisé en janvier 2009 via courrier électronique pour le carnet XeroXed #15 offert à l'achat du collectif Le Tour du Monde en Bande Dessinée volume 1 paru aux éditions Delcourt.]
mercredi, novembre 26, 2008
Qu'est-ce que XeroXed aujourd'hui?
XeroXed.be a fêté ses trois ans il y a peu. Trois ans d'irrégularité, pour sûr, mais trois ans de belles rencontres. Avec l'ami June, Xavier de du9, Jason, David Lloyd, Debbie Drechsler, Jeffrey Brown, Serge de ça et là, Linda Medley, Nathalie des Enfants Rouges , Shaun Tan et tous les autres. Et puis vous, chers amies et amis patients, chères lectrices et lecteurs fidèles. Un grand merci. Et puis aussi merci à Vincent de m'avoir fait confiance pour les trois "portraits/analyses" du nouveau hors-série de Beaux Arts magazine Qu'est-ce que la Bande Dessinée aujourd'hui ? J'y ai signé les papiers consacrés à Winsor McCay, Miriam Katin & Marjane Satrapi et c'est un beau cadeau pour fêter ces trois ans que de figurer dans ce collectif (et d'avoir son nom écrit juste à côté de celui de Chris Ware dans la liste des collaborateurs ;). Mais ces articles furent avant tout l'occasion d'entrer en contact avec Miriam Katin, l'auteur injustement méconnue de nombreuses et magnifiques histoires courtes et de Seules contre tous. Une nouvelle belle rencontre. Une nouvelle bonne raison de poursuivre, avec probablement toujours autant d'irrégularité, cette aventure passionnante.
mercredi, novembre 05, 2008
XeroXed Special: Obama 2008
Quelques heures après l'annonce de la victoire de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis, je n'ai pu m'empêcher d'envoyer un courrier électronique aux différents auteurs américains et canadiens que j'ai interviewé dans le cadre des carnets XeroXed. Je leur ai demandé de partager avec nous leur sentiment sur ce vote historique ("historique" pour de multiples raisons dont certaines devront encore être soumises à l'épreuve du temps) car je suis convaincu que la situation politique et sociale d'un pays porte une influence sur ses artistes et leurs oeuvres (par la contestation, l'évolution des mentalités, l'éclosion des avant-gardes...).
Debbie Drechsler (Daddy's Girl & Summer of Love à l'Association) et Miriam Katin (Seules contre Tous au Seuil) ont répondu dans l'instant.
Debbie Drechsler: Je suis à la fois ravie et soulagée de la victoire d'Obama. Soulagée car je ne voulais VRAIMENT pas de McCain ou de Palin au pouvoir. Ravie car Obama semble être un politicien intelligent, sensible, raisonné et qu'il représente donc un changement positif pour notre pays. Ensuite, je ne peux qu'admirer la désagrégation d'une importante barrière raciale. Une proposition californienne vient cependant ternir cette journée. La proposition 8 est une mesure qui veut faire entrer dans la constitution de l'état le principe que le mariage n'est permis qu'entre un homme et une femme. A l'instant où j'écris (tôt au lendemain de l'élection), cette mesure est à deux doigts de l'emporter.
Miriam Katin: Je suis pressée par le temps car je dois terminer une commande de planches sur ces élections. J'y évoque mon sentimet face à l'évolution de la campagne jusqu'à l'annonce du vainqueur. J'avais laissé les trois dernières cases vides pour y dessiner le résultat final. Je ne voulais imaginer un autre dénouement que la victoire d'Obama. Cela m'attristait d'envisager l'alternative. J'étais plongée dans l'effroi à cette idée. Maintenant, je vais enfin pouvoir m'assoeir paisiblement à ma table et terminer cette planche.
Scott McCloud (L'Art Invisible chez Delcourt) et Jeffrey Brown (Clumsy et Unlikely chez Ego comme X) répondent à leur tour quelques heures plus tard.
Scott McCloud: La vraie barrière qui a été brisée aujourd'hui?: Nous avons enfin élu le candidat intelligent.
Jeffrey Brown: Voici quelques-unes de mes pensées. Je me sens heureux et, pour la première fois depuis bien longtemps, je me sens empli d'espoir. Je pense que notre pays est parvenu à interrompre l'enracinement progressif de notre gouvernement dans une culture de la peur, de la guerre, du pharisaïsme, dans une culture vindicative qui ne prête que peu de considération aux conséquences de ses actes. Cela me donne aussi l'espoir que les Etats-Unis puissent enfin comprendre l'importance d'une pensée basée sur la Raison après avoir entendu Palin soutenir l'enseignement du Créationnisme à l'école, McCain comparer, par simple ignorance ou par sabotage délibéré, un appareillage astronomique important à un "projecteur aérien", Palin discréditer la recherche scientifique et le Parti Républicain faire part de sa politique dépassée et biaisée concernant le problème de l'environnement... Je pourrais continuer ainsi encore et encore mais je vais m'arrêter. Car même si je ne crois pas en Dieu, je vais le dire quand même: dieu merci!
Viennent ensuite les réactions de Dash Shaw, le jeune auteur de Bottomless Belly Button qui paraît aux éditions ça et là ce 22 novembres, Kevin Huizenga (Malédictions chez Vertige Graphic) et John Porcellino (Moon Lake Trails chez Ego comme X).
Dash Shaw: J'ai peu de choses à dire si ce n'est que je suis très heureux, optimiste et fier de la Virginie. J'ai vécu à Richmond (en Virginie, le "Capitole du Sud") la plus grande partie de ma vie et j'ai voté ici. Je ne parviens pas à croire que c'est aujourd'hui un état bleu (ndlr: démocrate)! Je trouve cela tout simplement incroyable!
Kevin Huizenga: Je suis à la fois soulagé et transporté.
John Porcellino: J'expérimente un mélange de soulagement et d'abattement. Je suis en effet animé par l'espoir que cette dernière partie de l'Histoire américaine, la plus sombre de ma vie, arrive à sa fin. Mais je réalise, dans le même temps, qu'il y a énormément à faire pour réparer les dégâts et aller de l'avant. Au moins, maintenant, nous pourrons enfin nous diriger dans la bonne direction.
©2008 James Kochalka - Americanelf.com
