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mercredi, janvier 26, 2011

XeroXed XX: Avant la Catastrophe

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Je sais... J'ai pris un peu d'avance sur le planning... Les pinailleurs me feront remarquer que je publie le vingtième carnet XeroXed alors que trois numéros sont encore en attente (à savoir les XeroXed #12, 18 et 19 consacrés respectivement aux entretiens de Sammy Harkham, Anders Nilsen et Sarah Glidden). Leurs nouveaux ouvrages tardent à paraître en français et 2010 est arrivé avec son lot d'événements à célébrer! Alors rien de tel qu'un vingtième carnet pour marquer les 20 ans de la librairie, mes 10 ans dans le métier et les 10 ans de la maison d'édition de l'employé du Moi! Le XeroXed XX est donc un petit feu d'artifice pour fêter tout cela à la fois et le fêter dignement avec des auteurs de notre terroir ou venus des quatre coins du monde, connus ou méritants de l'être, toutes et tous des plus talentueux. C'est un honneur pour moi -et je les en remercie encore ici- d'avoir pu les réunir dans ce collectif. Leurs oeuvres font partie de celles qui ravivent continuellement ma passion pour le Neuvième Art...
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Je ne pourrais parler de ce vingtième carnet sans remercier Max de Radiguès qui m'a laissé jouer avec son concept d'illustrations Avant la Catastrophe. Cette série de dessins "d'après nature" évoque des lieux ou des paysages, souvent sereins et lumineux, qu'une légende assombrit en figeant cet instant quelques heures, quelques mois ou quelques années "avant la Catastrophe". De la "Catastrophe", on ne sait rien. Elle semble seulement inéluctable. Son spectre menaçant confère à chaque dessin un sentiment de mélancolie car chaque instant semble déjà appartenir au passé, à une époque d'insouciance que l'on sait révolue. Le XeroXed XX nous apporte une nouvelle donnée sur cette Catastrophe; elle sera planétaire. Au Japon, aux Etats-Unis, en France, en Belgique ou en Angleterre, 24 auteurs (et demi) ont entraperçu cet événement à venir. Ils nous livrent dans ce carnet des illustrations inédites d'instants fragiles et précieux qui risquent, peut-être, de disparaître. Ils se nomment (par ordre d'apparition dans le XeroXed XX):

Debbie DRECHSLER (Daddy's Girl à l'Association)
Sarah GLIDDEN (How to understand Israel in 60 days or less chez DC/Vertigo)
Sacha GOERG (Rubiah à l'employé du Moi)
Jeffrey BROWN (Clumsy chez Ego comme X)
Anders NILSEN (Des chiens, de l'eau chez Actes Sud BD)
RUPPERT et MULOT (Irène et les clochards à l'Association)
Liz PRINCE (Tu m'aimeras encore si je fais pipi au lit? chez Cà et Là) 
Miriam KATIN (Seules contre tous au Seuil)
Sébastien LUMINEAU (Une vingtaine aux Requins Marteaux) 
Gabby SCHULZ (sous le nom de Ken DAHL, Monsters à l'employé du Moi)
Arnaud QUERE (Mon copain Anne chez Des Ronds dans l'O)
James STURM (Le jour du marché chez Delcourt)
David LLOYD (V pour Vendetta & Kickback)
Kan TAKAHAMA (L'eau amère chez Casterman) 
Cédric MANCHE (Panorama chez Atrabile)
Sammy HARKHAM (Poor Sailor chez Gingko Press)
Alec LONGSTRETH (Phase 7 à l'employé du Moi)
Esteban ZOUGGARI (première publication à l'âge de 3 ans) 
Lewis TRONDHEIM (Les Petits Riens chez Delcourt)
BERT (Ploum Ploum à l'employé du Moi)
Jonathan LARABIE (Jonathan Larabie en Bulgarie aux Taupes de l'Espace)
Max DE RADIGUES (L'âge dur à l'employé du Moi)
Morgan NAVARRO (Flipper le Flippé aux Requins Marteaux)
Pierre MAUREL (3 déclinaisons à l'employé du Moi)
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Que rajouter? Que c'est gratuit! Le XeroXed XX est offert à l'achat d'un album du catalogue de l'employé du Moi à la librairie Multi BD (122-124 boulevard Anspach B-1000 Bruxelles). Je tenais ainsi à mettre en avant et à soutenir cette maison d'édition alternative bruxelloise qui nous propose, depuis dix ans, des livres d'une grande qualité "où le récit demeure essentiel". Les récents L'âge dur de Max de Radiguès, Monsters de Ken Dahl, Robin Hood de Simon Roussin et le prochain album de Pierre Maurel (Blackbird à paraître en mars) sont là pour vous en convaincre... s'il le fallait encore! Je vous invite aussi à lire l'article de La Libre Belgique intitulé L'édition en mode d'employé du Moi où la structure est présentée en détail à l'occasion de leur collaboration avec le quotidien ce mercredi 26 janvier.  
Le tirage du XeroXed XX est de 150 exemplaires. Ne tardez pas trop...

Nicolas Verstappen

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dimanche, novembre 05, 2006

Paroles de libraire (I)

Il y a quelques années, Eric Corbeyran lançait les collectifs Paroles de Taulards chez Delcourt (3 tomes) puis l'album Paroles de Sourds en 2005. Je tente donc mes Paroles de Libraire. J'y aborderai des sujets nettement plus légers. Pour preuve, voici le titre de ce premier chapitre:

"J'adore passer pour un con devant Lewis Trondheim"

Ma première rencontre avec Trondheim eut lieu il y a 5 ans, au Festival d'Angoulême.
J'étais tout fou. Cela faisait deux ans que je travaillais à la Bulle d'Or, c'était mon premier pèlerinage à la "Mecque de la BD" et j'allais y rencontrer tous les auteurs que j'admirais. C'est Bernard, mon boss, qui m'y emmena en voiture.
Sur place, nous logions dans un superbe manoir à quelques kilomètres d'Angoulême. Le cadre était splendide, les hôtes chaleureux. Le seul problème fut de découvrir les chambres et surtout les lits... Bernard et moi partagions le même lit double qui semblait avoir été conçu pour accueillir deux enfants. Nos pieds dépassaient du cadre et nous devions rester allongés sur le côté pour ne pas nous toucher. Autant dire que dans cette situation des plus inconfortables, je ne parvins à fermer l'oeil de la nuit.



Psychanalyse - © Lewis Trondheim

Au petit matin, j'étais tout simplement laminé. Le trajet de la veille, la nuit blanche et l'excitation de ce premier festival avait eu raison de ma frêle endurance.
Lewis Trondheim était assis au stand Dargaud (si ma mémoire est bonne). Il devait y dédicacer un Lapinot. Lorsque vint mon tour, je sortis mon album de Psychanalyse que j'avais emporté sur place.
Trondheim: Pourquoi vous avez été ressortir une telle vieillerie. Mes nouveaux albums ne vous plaisent pas?
Une réponse! Vite, une réponse!
Moi: Si. Si. Mais c'est grâce à cet album que j'ai découvert votre travail.
J'ignore pourquoi j'ai répondu ça. Ce n'était même pas vrai. Soit.
Trondheim m'adressa alors une phrase que je ne compris pas. Je n'entendais que le bruit des armatures de la tente qui grinçaient sous le vent. Ce fond sonore ne devait pas être vraiment bruyant mais, dans mon état de fatigue avancé, j'avais le sentiment qu'il était décuplé.
Trondheim répéta la phrase et je ne parvenais toujours pas à comprendre. Je me sentais vraiment con. Il devait se demander s'il s'adressait à un débile profond. Il répéta à nouveau.
Trondheim: Une tache ou un dessin?
Une tache, quoi une tache?
Moi: Une tache.
Trondheim plia la couverture de mon Psychanalyse en deux et sortit la cartouche d'encre de son stylo. Il appliqua de l'encre à même la couverture pliée et fit un test de Rorschach.
Et là, je ne sais pas ce qui me prit. J'allais poser la question la plus conne de toute mon existence.
Moi: Vous utilisez une trame pour faire les petits points dans chacune des cases de Psychanalyse?
Je savais pertinemment que l'album reprenait une case unique dupliquée à la photocopieuse et qu'il n'avait dû dessiner qu'une seule fois les points de cette case. Mais voilà, c'est LA question qui sortit de ma bouche à cet instant. L'extrême fatigue? L'angoisse provoquée par cette rencontre? Je n'en sais toujours rien.
Lewis Trondheim leva les yeux vers moi. Ce coup-là, j'étais certain qu'il me prenait pour un débile profond.
Il m'expliqua donc ce que je savais déjà et après avoir improvisé une légende au test, il me rendit mon Psychanalyse. Je quittai le stand Dargaud dépité avec une seule pensée en tête: "Et dire que demain, je serai dans un état encore plus lamentable!"


Dédicace dans Psychanalyse - © Lewis Trondheim

Ma seconde rencontre avec Lewis Trondheim eut lieu au Festival d'Haarlem (Pays-Bas) , deux ans plus tard. Je m'y étais rendu avec mon ami Redwane pour apporter à Trondheim et JC Denis quelques exemplaires du livret Totem que je venais d'imprimer. Trondheim avait réalisé la couverture de l'ouvrage avec Jason et JC Denis était l'auteur d'une des illustrations.
Trondheim venait de gagner le Grand Prix du Festival et certaines personnes nous avaient signalés que l'auteur était dans un mauvais jour et sous la surveillance d'un garde du corps. Lorsque nous sommes arrivés au stand où il dédicaçait, un garde du corps veillait effectivement à sa sécurité. Par contre, il était de très bonne humeur. Redwane et moi n'avions pas de tickets pour la séance de dédicaces et le garde du corps nous empêcha de l'approcher. Mais Lewis Trondheim prit notre défense en voyant que Redwane avait son Comix 2000 sous le bras.
Trondheim (au garde et en anglais): Le Comix 2000 est un livre très spécial. Il a le droit de passer.




Couverture du Totem - © Nicolas Verstappen

Redwane fit donc dédicacer son album et je tendis trois exemplaires du Totem à Trondheim. Ce dernier fixa longuement la couverture puis nous salua.
Quelques jours plus tard, j'écrivis un mail à Trondheim où je lui demandais s'il aimait la couverture car il ne m'avait pas semblé convaincu.
Il me répondit: Les couleurs auraient pu faire un peu moins L'Oréal.
C'est vrai que les couleurs étaient loin de ressembler à celles des Mondrian dont je m'étais inspirés. J'étais embarrassé et je ne savais trop comment répondre.
Je lui répondis finalement avec deux ou trois excuses bancales et terminai ma lettre par cette phrase : Les couleurs L'Oréal, c'est parce que vous la valez bien...