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mercredi, janvier 26, 2011

XeroXed XX: Avant la Catastrophe

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Je sais... J'ai pris un peu d'avance sur le planning... Les pinailleurs me feront remarquer que je publie le vingtième carnet XeroXed alors que trois numéros sont encore en attente (à savoir les XeroXed #12, 18 et 19 consacrés respectivement aux entretiens de Sammy Harkham, Anders Nilsen et Sarah Glidden). Leurs nouveaux ouvrages tardent à paraître en français et 2010 est arrivé avec son lot d'événements à célébrer! Alors rien de tel qu'un vingtième carnet pour marquer les 20 ans de la librairie, mes 10 ans dans le métier et les 10 ans de la maison d'édition de l'employé du Moi! Le XeroXed XX est donc un petit feu d'artifice pour fêter tout cela à la fois et le fêter dignement avec des auteurs de notre terroir ou venus des quatre coins du monde, connus ou méritants de l'être, toutes et tous des plus talentueux. C'est un honneur pour moi -et je les en remercie encore ici- d'avoir pu les réunir dans ce collectif. Leurs oeuvres font partie de celles qui ravivent continuellement ma passion pour le Neuvième Art...
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Je ne pourrais parler de ce vingtième carnet sans remercier Max de Radiguès qui m'a laissé jouer avec son concept d'illustrations Avant la Catastrophe. Cette série de dessins "d'après nature" évoque des lieux ou des paysages, souvent sereins et lumineux, qu'une légende assombrit en figeant cet instant quelques heures, quelques mois ou quelques années "avant la Catastrophe". De la "Catastrophe", on ne sait rien. Elle semble seulement inéluctable. Son spectre menaçant confère à chaque dessin un sentiment de mélancolie car chaque instant semble déjà appartenir au passé, à une époque d'insouciance que l'on sait révolue. Le XeroXed XX nous apporte une nouvelle donnée sur cette Catastrophe; elle sera planétaire. Au Japon, aux Etats-Unis, en France, en Belgique ou en Angleterre, 24 auteurs (et demi) ont entraperçu cet événement à venir. Ils nous livrent dans ce carnet des illustrations inédites d'instants fragiles et précieux qui risquent, peut-être, de disparaître. Ils se nomment (par ordre d'apparition dans le XeroXed XX):

Debbie DRECHSLER (Daddy's Girl à l'Association)
Sarah GLIDDEN (How to understand Israel in 60 days or less chez DC/Vertigo)
Sacha GOERG (Rubiah à l'employé du Moi)
Jeffrey BROWN (Clumsy chez Ego comme X)
Anders NILSEN (Des chiens, de l'eau chez Actes Sud BD)
RUPPERT et MULOT (Irène et les clochards à l'Association)
Liz PRINCE (Tu m'aimeras encore si je fais pipi au lit? chez Cà et Là) 
Miriam KATIN (Seules contre tous au Seuil)
Sébastien LUMINEAU (Une vingtaine aux Requins Marteaux) 
Gabby SCHULZ (sous le nom de Ken DAHL, Monsters à l'employé du Moi)
Arnaud QUERE (Mon copain Anne chez Des Ronds dans l'O)
James STURM (Le jour du marché chez Delcourt)
David LLOYD (V pour Vendetta & Kickback)
Kan TAKAHAMA (L'eau amère chez Casterman) 
Cédric MANCHE (Panorama chez Atrabile)
Sammy HARKHAM (Poor Sailor chez Gingko Press)
Alec LONGSTRETH (Phase 7 à l'employé du Moi)
Esteban ZOUGGARI (première publication à l'âge de 3 ans) 
Lewis TRONDHEIM (Les Petits Riens chez Delcourt)
BERT (Ploum Ploum à l'employé du Moi)
Jonathan LARABIE (Jonathan Larabie en Bulgarie aux Taupes de l'Espace)
Max DE RADIGUES (L'âge dur à l'employé du Moi)
Morgan NAVARRO (Flipper le Flippé aux Requins Marteaux)
Pierre MAUREL (3 déclinaisons à l'employé du Moi)
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Que rajouter? Que c'est gratuit! Le XeroXed XX est offert à l'achat d'un album du catalogue de l'employé du Moi à la librairie Multi BD (122-124 boulevard Anspach B-1000 Bruxelles). Je tenais ainsi à mettre en avant et à soutenir cette maison d'édition alternative bruxelloise qui nous propose, depuis dix ans, des livres d'une grande qualité "où le récit demeure essentiel". Les récents L'âge dur de Max de Radiguès, Monsters de Ken Dahl, Robin Hood de Simon Roussin et le prochain album de Pierre Maurel (Blackbird à paraître en mars) sont là pour vous en convaincre... s'il le fallait encore! Je vous invite aussi à lire l'article de La Libre Belgique intitulé L'édition en mode d'employé du Moi où la structure est présentée en détail à l'occasion de leur collaboration avec le quotidien ce mercredi 26 janvier.  
Le tirage du XeroXed XX est de 150 exemplaires. Ne tardez pas trop...

Nicolas Verstappen

Pour celles et ceux qui voudraient suivre l'actualité de la librairie (prochaines parutions de livrets, chroniques, rencontres...), il suffit simplement de s'inscrire à notre newsletter en cliquant sur ce lien.

mardi, mars 10, 2009

Cachet XeroXed #4: Jeffrey Brown

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A l'occasion de la sortie de l'album AEIOU de Jeffrey Brown chez ego comme x ce 25 mars 2009, XeroXed.be éditera un cachet limité à 100 exemplaires qui en ornera la page de garde. Ce cachet sera aussi disponible dans la version originale de l'album parue chez Top Shelf. Une belle façon de conclure la superbe "trilogie des petites amies" entamée par Clumsy et Unlikely et de mettre en avant le travail d'un des auteurs américains les plus intéressants de sa génération. Thanks Jeffrey !
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Cet album avec cachet sera disponible à la librairie Multi BD (122-124 boulevard Anspach, B-1000 Bruxelles) au "prix éditeur" de 18.00€...

dimanche, mars 11, 2007

Xeroxed (XI): JEFFREY BROWN

© 2005 Jeffrey Brown/Top Shelf
Quelques liens
Clumsy chez Ego comme X : ici
Clumsy sur Bulle d'Air: ici
Le site de Jeffrey Brown (et de The Holy Consumption): ici
1.1 Entretien avec Jeffrey Brown

nicolas – Dans Clumsy, vous remerciez Chris Ware (1) de vous avoir « lancé ». Comment l’avez-vous rencontré et comment cela s’est-il passé ?

jeffrey brown – J’ai rencontré Chris lors d’une séance de dédicaces. Nous avons un peu parlé parce que je suivais un cours dans le même département d’Etudes Artistiques pour mon M.F.A. (2) que celui où Chris avait étudié pour le sien. Je lui ai montré quelques-uns de mes croquis et il est venu visiter mon studio. Il m’encouragea à plus exploiter les idées autobiographiques que j’avais déjà explorées, à aller vers un travail plus personnel et il m’a permis de m’éloigner de la peinture pour me rapprocher de la bande dessinée. Ses propres comics m’avaient déjà beaucoup inspiré. Il m’encouragea aussi à faire publier mon travail et quand je rencontrai un refus, il me conseilla de m’autoéditer allant jusqu’à me présenter Paul Hornschemeier (3), lequel est devenu depuis un ami. Paul m’a lui aussi beaucoup appris sur la façon de faire des bandes dessinées et sur le fonctionnement de ce milieu tout en réalisant ses propres albums.

n. – Diriez-vous que Paul serait une sorte de « coach » pour vous puisqu’il travaille à la production de quelques-uns de vos livres ?

jeffrey brown – Paul a été une sorte de mentor pour moi. Il m’a indiqué les conventions auxquelles me rendre et il m’a aussi aidé à me lancer dans l’autoédition. En plus de tout cela, il a beaucoup travaillé sur mes albums tout au long de leurs conceptions. Il m’offre un feed-back et de nombreux encouragements. Sans lui, je n’aurais pas pu dépasser le stade des mini-comics photocopiés aussi rapidement.

n. – Quand est venue l’idée de créer l’association de dessinateurs baptisée The Holy Consumption of Chicago (4)? Comment cela s’est-il mis en place ?

jeffrey brown – C’était une idée de Paul. Au départ, il voulait offrir une plus large diffusion aux comics de ses amis et c’était aussi une façon de vendre des mini-comics et autres petites choses au-delà des librairies locales. A part Paul, aucun de nous n’était présent sur internet. Il gère seul la maintenance du site ce qui est assez surprenant quand on sait à quel point il est occupé par son propre travail. Le site est devenu assez populaire et a certainement participé à nous faire mieux connaître. En mai, nos originaux furent exposés dans la vitrine d’un bouquiniste ici à Chicago, et nous avons fait deux séances de dédicaces ensemble. C’est génial de faire partie de cette aventure.


© Jeffrey Brown

n. – Pouvez-vous vivre de vos bandes dessinées ?

jeffrey brown – J’ai besoin d’un autre travail. Je viens juste de passer à mi-temps le mois passé. Mes finances vont être un peu serrées mais j’espère qu’ainsi je pourrai maintenant passer le plus clair de mon temps à dessiner.

n. – Dans Unlikely, vous expliquez que vous avez grandi en refoulant beaucoup de choses. Pensez-vous que votre « insatiable besoin de tout coucher sur papier » (comme le signale Chris Ware) provient de cet état de refoulement durant votre enfance ?

jeffrey brown – Je ne pense pas que le refoulement joue un rôle ici car j’ai toujours eu ce besoin de tout coucher sur du papier. Ou peut-être qu’il y en a un… J’ai toujours été assez introverti et il y a beaucoup de choses que je n’exprime qu’au travers de l’art. J’ai la réputation d’être un gars assez calme. J’ai toujours dessiné et je dessinerai toujours quelque chose, que ce soit ou non réprimé en moi.

n. – Vous avez parlé de vos peintures plus haut. Vos toiles sont-elles proches des thèmes abordés dans vos albums ?

jeffrey brown – Je n’ai plus peint depuis que j’ai commencé à vraiment travailler en bande dessinée. Mes toiles étaient pour la plupart très différentes des idées sur lesquelles je travaille dans mes albums. J’ai fait un peu d’abstraction générique et beaucoup de peintures de type surréaliste dans la veine de Matta et de Tanguy. J’ai aussi fait de nombreuses peintures dans un style assez étrange, proche du cartoon et qui n’exprimaient pas grand-chose. Dans l’ensemble, j’ai le sentiment que je ne suis jamais parvenu à exprimer quelque chose de valable au travers de mes œuvres peintes même lorsqu’elles rendaient bien. La seule exception était ma dernière série de peintures qui représentait Theresa d’après photos ou d’après nature.

© Jeffrey Brown




n. – Vous avez débuté l’écriture de Clumsy durant votre relation avec Theresa, trois mois avant votre rupture. Ce besoin d’écriture était-il lié à une détérioration de votre relation ?

jeffrey brown – Non, tout allait bien lorsque j’ai commencé à dessiner. Pour autant que je sache en tout cas. La détérioration était de ces choses intangibles ; j’ignore vraiment quand elle a débuté. Mais au moment de démarrer Clumsy, tout se passait à merveille et j’étais vraiment heureux.

n. – Lorsque vous avez débuté Clumsy, envisagiez-vous que ces planches seraient un jour publiées ?

jeffrey brown – Elles étaient destinées à Theresa et moi. Je les ai montrées à quelques amis. Même après avoir terminé le récit, je n’ai pas envisagé de le publier. Je considérais que l’album original (Clumsy a été entièrement dessiné dans un carnet cartonné) serait l’unique exemplaire et qu’il serait comme une œuvre d’art mais sous la forme d’un livre plutôt que de celle d’une peinture ou d’une sculpture.

n. – Clumsy et Unlikely partagent une même séquence. Dans le premier (page 3) et le second (page 204-205), nous retrouvons la description d’une même nuit mais le personnage féminin porte le prénom d’Allisyn dans l’un, de Kristyn dans l’autre. Qu’est-ce qui vous a poussé à modifier son nom ?

jeffrey brown – Quoi ? C’est bizarre. J’ignore comment cela a pu se produire. Je vais me renseigner auprès de mon éditeur.

n. – Cette erreur tient du lapsus ?

jeffrey brown – En fait, il s’agit bien de la même scène. Ma réponse était sarcastique mais les sarcasmes se traduisent difficilement par e-mails. Je sais quel est le problème mais je préfère éviter d’en parler.

Clumsy chez Ego comme X - © Jeffrey Brown


n. – Y a-t-il une raison particulière à l’utilisation du « gaufrier » (six cases identiques par planche) dans Clumsy et Unlikely ? Est-ce pour éviter l’excès mélodramatique et aller au principal ?

jeffrey brown – Au départ, j’ai essayé de traiter la question autobiographique en quatre cases, ce qui est le format utilisé dans les quotidiens américains, mais très souvent je trouvais qu’il me manquait deux cases pour exprimer ce que je voulais. Le carnet de croquis que je viens de finir de remplir avait pile le format adapté à une page de six cases, aussi je m’y suis habitué. Une des raisons pour laquelle je reste surtout fidèle à ce format relève d’une idée bien précise – la volonté de laisser la participation émotionnelle et intellectuelle des lecteurs déterminer l’importance de certaines parties de l’histoire. Par exemple, utiliser une seule case, c’est utiliser une page entière pour indiquer l’importance de ce qui y est montré. J’aime aussi le rythme des répétitions de cases et la façon dont on peut jouer avec ce rythme sans se perdre dans des trucs trop formels.

n. – Pendant la conférence à Angoulême (5), Igort (6) parlait d’une nouvelle vague qu’il qualifie d’« anti-spectaculaire ». Pensez-vous que l’on puisse définir clairement l’origine de cette nouvelle manière (plus minimaliste) de raconter le quotidien en Amérique du Nord ?

jeffrey brown – C’est une question difficile. Je pense que cela concerne la culture en général mais qu’en bande dessinée, être subtil et sobre est déjà plus commun. Que ce soit dans les shows télévisés, dans les affiches publicitaires, dans les films, dans la musique…, partout il semble qu’il y ait une volonté de baisser les choses d’une tonalité. Pour autant que l’on constate aujourd’hui un intérêt pour la vie de tous les jours, celui-ci remonte probablement déjà à vingt ou trente ans. Comme disait Warhol, « tout le monde sera célèbre quinze minutes ». Les émissions de téléréalité sont actuellement très populaires en Amérique. Celles-ci sont généralement des chroniques du quotidien, vécues par des personnes normales. Plutôt que de vivre par procuration une vie extraordinaire, les gens se réconfortent dans le spectacle d’une vie ordinaire comme la leur : ils ne sont pas seuls. En bande dessinée, c’est tout aussi vrai. Les récits de super-héros sont remplacés ou du moins modifiés pour aller vers plus d’humanité.

n. – J’ai le sentiment que pour beaucoup de dessinateurs nord-américains ce rapport à l’anti-spectaculaire est lié à la redécouverte des classiques de la Bande Dessinée américaine (Peanuts, Gasoline Alley, Little Orphan Annie…). Partagez-vous cet intérêt ?

jeffrey brown – Un peu, mais probablement pas autant que la plupart des autres dessinateurs. Ma tendance à l’anti-spectaculaire est d’une part une réponse aux écoles d’Art en ce, que j’ai voulu faire un travail qui était moins dépendant des concepts du monde artistique et plus apparenté à l’expérience humaine vraie. D’autre part, c’est aussi en réponse aux médias de divertissements qui paraissent trop irréels voire trompeurs dans leur représentation de la vie.


© Jeffrey Brown

n. – Comment avez-vous créé le personnage de Bighead ? Est-ce que ce super-héros sert à contrebalancer vos histoires autobiographiques ?

jeffrey brown – En réalité, je l’ai créé en 1993, lorsque j’étais en secondaire. Au départ, il n’existait que pour distraire mes amis et moi. J’ai décidé de reprendre de nouvelles aventures de Bighead alors que je travaillais sur Unlikely. C’était sans aucun doute afin d’éviter de m’enfermer dans l’autobiographie. C’est d’ailleurs pour cela également que je continue à écrire, à l’occasion, des histoires débiles ou que je forme des projets comme ma parodie des « Transformers », Incredible Change-bots. Evidemment, il arrive que même dans ces travaux-là, des événements autobiographiques viennent se greffer. Mais c’est beaucoup moins sérieux.

n. – Le design de vos albums ne ressemble pas à celui des comics en général ni même à celui des bandes dessinées alternatives américaines. C’est un design plus proche des romans. On retrouve aussi cet aspect dans le choix du titre puisque vous indiquez « Clumsy : A Novel » (Clumsy : un roman) et non pas « Clumsy : A Graphic Novel » (Clumsy : un roman graphique). Pour quelle raison avez-vous opté pour cette approche ?

jeffrey brown – Je ne suis pas sûr de savoir d’où me viennent les idées de design pour mes couvertures. Pour Clumsy, j’ai volontairement tenté d’imiter la maquette des romans américains. Mettre « A Novel » sur la couverture était une plaisanterie. J’ai aussi pensé que cela pourrait faire référence à l’idée de « romance novel » (roman à l’eau de rose) et bien sûr à l’idée de « graphic novel ». Je formulais ainsi mon interrogation quand à savoir ce qui fait un roman graphique – vu que Clumsy n’est ni un simple récit traditionnel ni même une « fiction » comme les romans en général. Ne pas mettre d’image sur la couverture (7) était juste une idée bizarre. Je ne suis pas encore certain de savoir pourquoi je l’ai fait. Dans l’avenir, j’aimerais faire un album qui n’aurait qu’une image en couverture, sans mot inscrit, un peu comme l’édition limitée de AEIOU.

n. – Dans Be a Man, on peut lire que AEIOU : Any Easy Intimacy ne sera jamais réimprimé. Or il vient de l’être par Top Shelf. Pourquoi avez-vous changé d’avis ?

jeffrey brown – En tant que collectionneur, j’aime tenir entre les mains des éditions limitées ou épuisées. D’un autre côté, cela m’agace quand il y a quelque chose que je ne peux pas avoir ou que c’est trop cher. Au départ, Any Easy Intimacy devait avoir une édition « intime » et j’avais pensé qu’avec un petit tirage, seuls les gens qui aimaient vraiment mon travail pourraient en avoir un exemplaire. Du coup, j’avais dessiné chaque couverture à la main et tout ça… C’était vraiment un ouvrage très spécial. Mais quand je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de personnes qui appréciaient mon travail mais ne pourraient pas en avoir de copie, j’ai compris qu’il serait mieux que cet ouvrage soit plus largement disponible. Il manquera, dans la nouvelle version, les quelques pages en extra qui ne faisaient pas partie de l’histoire. Il n’y aura pas non plus le bout de lettre ou de note qui était à l’intérieur de la première version. Ainsi l’original conservera son caractère unique.

n. – Clumsy racontait une relation amoureuse en cours, Unlikely portait sur une précédente relation. Dans Drawn & Quarterly Showcase book two, nous apprenons que vous travaillez sur un roman autobiographique « plus ambitieux détaillant votre adolescence ». Ces retours dans le passé ont-ils pour but de vous révéler certaines choses ?

jeffrey brown – Une grande partie de mon travail consiste certainement à regarder dans le passé pour mieux comprendre qui je suis grâce aux expériences vécues. Il est intéressant de voir comme j’ai changé et j’aime à penser que j’ai tiré des leçons de mes erreurs passées. Il est parfois utile de disséquer le passé pour pouvoir mettre le doigt sur ce que j’éprouve à l’heure actuelle et pourquoi je le ressens ainsi.

Le Xeroxed #11 - © 2006 Jeffrey Brown/Nicolas Verstappen

n. – Quand vous écrivez ces histoires passées, suivez-vous un journal intime ou faites-vous plutôt confiance à vos souvenirs ? Restez-vous proche des faits ou changez-vous certains aspects afin de mieux servir les émotions ?

jeffrey brown – Je n’ai pas vraiment de journal. Je me base principalement sur ma mémoire. Parfois, il m’arrive de consulter mes carnets de croquis datant de l’époque durant laquelle se déroulaient les événements que je raconte. Cela m’aide car la plupart du temps, je peux me souvenir de ce qui se passait au moment où je dessinais telle ou telle chose. Je reste aussi proche des faits que possible mais je suis conscient que la mémoire modifie les choses et que même si j’ai perçu certains événements avec un certain point de vue, d’autres personnes pourraient s’en souvenir différemment. Il m’est peut-être arrivé, une ou deux fois, de changer l’ordre des événements pour servir l’histoire mais j’essaie vraiment de rendre chaque chose de la façon la plus honnête possible si pas la plus vraie. Quoi qu’il en soit, rien qu’en incluant ou non certains détails, je peux déjà servir le récit de diverses manières. C’est par ce procédé que je parviens à garder l’histoire réelle sans sacrifier son atmosphère.


[entretien réalisé par courrier électronique entre mars 2005 et décembre 2005 - © 2006 jeffrey brown/nicolas verstappen]
[traduit de l’anglais par sandra renson et nicolas verstappen]
[idée de présentation de ce onzième numéro de xeroxed : sandra renson]
[tirage limité à 50 exemplaires pour la Bulle d’Or et 10 pour Camponovo]




Séance de dédicaces à la Bulle d'Or © Jeffrey Brown

1.2 Notes

(1) Chris Ware est l’auteur des fameux Jimmy Corrigan (Delcourt) et Quimby the Mouse (L’Association).
(2) Master in Fine Art : diplôme des Beaux-Arts.
(3) Paul Hornschemeier est l’auteur de Adieu, Maman et Le Retour de l’Eléphant chez Actes Sud BD.
(4) Association formée par Paul Hornschemeier, Jeffrey Brown, Anders Nilsen et John Hankiewicz.
(5) Conférence « Rencontres autour de la nouvelle bande dessinée américaine » animée par Igort, avec Nilsen Anders, Paul Hornschemeier, Jeffrey Brown et Kevin Huizenga. Vendredi 28 janvier 2005.
(6) Igort est l’auteur de Fats Waller (Casterman) et le responsable éditorial des éditions Coconino Press.
(7) Cela n’est valable que pour la version américaine. La couverture de la version française d’Ego comme X reprend un dessin.



2.1 Bibliographie (non-exhaustive) de Jeffrey Brown

- Clumsy, a novel, Top Shelf Productions, 2002 (version française chez Ego Comme X – 2006)

- I’m going to be small, autoédité, 2003

- Unlikely, Top Shelf Productions, 2003

- Be a man, Top Shelf Productions, 2004

- Bighead, Top Shelf Productions, 2004 (version française chez Six Pieds sous Terre – 2005)

- Early Works, autoédité

- AEIOU: Any Easy Intimacy, Top Shelf Productions, 2005

- Incredible Change-Bots, Top Shelf, 2007

- Feeble Attempts, Top Shelf, 2007

Histoires courtes dans des ouvrages collectifs:

- Récit sans titre in: Drawn & Quarterly Showcase book two, Drawn & Quarterly, 2004

- Sulk Excerpts in: McSweeney’s Quarterly Concern n°13, Mc Sweeney’s Publishing, 2004

mardi, février 28, 2006

JEFFREY BROWN: le video-clip !

1. Jeffrey Brown: le vidéo-clip !

Je viens de lire la dernière newsletter de Top Shelf et Chris Staros y livre une information qui devrait ravir tous les fans de Jeffrey Brown. L'auteur a en effet écrit et dessiné un récit destiné à être adapté en vidéo-clip (par Eliza Chincarini) pour accompagner le morceau Your Heart Is An Empty Room du groupe "Death Cab for Cutie". Le clip est accessible sur le net mais attention: jusqu'au 5 mars seulement! Précipitez-vous donc ICI pour découvrir cette très belle réussite. L'animation est certes sommaire mais elle colle particulièrement à l'univers de Jeffrey Brown. Le récit s'inscrit dans la lignée de sa "trilogie des petites amies" (trilogie à laquelle se rajoute d'ailleurs un épilogue intitulé Every Girl is the End of the World for Me).

Jeffrey à la Bulle d'Or (copyright Jeffrey Brown)


2. Bézian: Donjon Monsters, tirage spécial noir & blanc

Les amateurs de Donjon et les fans de Bézian l'attendaient; Delcourt l'a fait pour vous! Un tirage spécial du Donjon Monsters t.10 (Des Soldats d'Honneur) en noir et blanc est annoncé pour le mois de mai 2006. A cette occasion, l'équipe de la Bulle d'Or a décidé de vous réserver une petite surprise... Patience!

Et à bientôt pour de nouvelles aventures...

vendredi, décembre 09, 2005

Previews (II): The JEFFREY BROWN Tour

Jeffrey Brown (à droite) en pleine discussion avec Paul Hornschemeier au Festival d'Angoulême 2005 - photo de Nico

1. Séance de dédicaces avec Jeffrey Brown

C'est avec beaucoup de plaisir que je vous annonce la venue du dessinateur américain Jeffrey Brown à la Bulle d'Or pour une séance de dédicaces. L'auteur est invité par le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême dans le cadre de sa 33ème édition et passera chez nous le jeudi 19 janvier mais aussi à la librairie Expérience à Lyon (le vendredi 20) et à la librairie Camponovo à Besançon (le samedi 21) .

Je tiens d'ailleurs à remercier chaleureusement Julien de Camponovo et Sylvie Chabroux d'avoir rendu cette rencontre possible. Jeffrey Brown est en effet l'un des jeunes auteurs américains les plus talentueux de sa génération. Ses récits autobiographiques nous plongent dans l'intime au travers de courtes séquences, d'instants anodins ou anecdotiques mais qui, une fois reliés ensemble, révèlent avec beaucoup de justesse les rapports qui s'établissent (ou se détériorent) dans une relation de couple. Sa trilogie des "petites amies" (Clumsy, Unlikely et Any Easy Intimacy) se présente comme une variation sur ce thème au travers de trois relations sentimentales différentes. Chaque album qui compose cette trilogie reprend des situations communes comme l'angoisse du premier rendez-vous, les silences de gêne, les jeux de séductions, les non-dits, le désir physique et affectif mais Jeffrey Brown parvient à nous faire partager ce qui rend chacune de ces trois relations unique. Il s'attache au détail avec tant de subtilité qu'il parvient à faire transparaître l'intangible. Jeffrey Brown est aussi l'auteur d'albums humoristiques comme son recueil de strips I am going to be small (auto-publié), sa réinterprétation des récits de super-héros Big Head (Top Shelf et Six Pieds sous Terre pour la V.F.) ou encore Be a Man, un mini-comic où il auto-parodie son album Clumsy.

Pour les albums de Jeffrey Brown chez Top Shelf: ici
Pour la présentation de Jeffrey Brown par Ego comme X: ici
Pour la présentation de Clumsy chez Ego Comme X: ici
Pour la présentation de Jeffrey Brown et de Big Head chez Six Pieds sous Terre: ici
Pour le site de Jeffrey Brown: The Holy Consumption of Chicago

La version française de Clumsy devrait être disponible la semaine avant la séance de dédicaces (ainsi que la majorité de ses albums en V.O.). Pour vous inscrire: m'écrire ici.

La maquette de couverture de la version française de Clumsy à paraître chez Ego comme X - copyright Jeffrey Brown/Ego comme X

2. XeroXed #11: Jeffrey Brown

Le carnet XeroXed #11 sortira mi-janvier à l'occasion de la parution de Clumsy chez Ego Comme X. Il reprendra un entretien avec Jeffrey Brown et plusieurs croquis inédits. Il sera offert à l'achat d'un album de l'auteur à la Bulle d'Or (124 bd Anspach, 1000 Bruxelles). L'entretien sera publié sur ce blog ultérieurement.

A+

Nicolas